Soupçons de viols à la fédération haïtienne de football

C'est le président lui-même qui est visé par des accusations.

C’est une véritable bombe qui a été lancée en fin de semaine dernière par The Guardian. Le quotidien britannique, après une longue enquête, affirme que des jeunes footballeuses haïtiennes auraient été victimes de viols et d’agressions sexuelles, ces cinq dernières années. Résidant au centre technique national de la fédération, ces jeunes filles auraient été abusées par le président de l’instance lui-même, Yves Jean-Bart, qui réfute ces allégations.  

Selon des témoignages anonymes publiés par The Guardian, au moins deux mineures auraient avorté suite à des viols commis par "Dadou" Jean-Bart dans ce Clairefontaine haïtien, situé en périphérie de Port-au-Prince. Une des victimes a notamment raconté au Guardian

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"Il y a une dame qui travaille là qui fait pression sur les filles pour qu’elles aient des relations sexuelles avec Dadou. Quand il voit une jolie fille qu’il trouve attirante, il envoie la dame pour lui dire qu’elle va être virée du centre. Elle se met à pleurer, puis la dame lui dit : 'La seule façon de résoudre ce problème est de parler à Dadou.' À ce moment-là, la jeune fille n’a pas d’autre choix que de subir les abus sexuels."

Sur une vidéo consultée par l’AFP, on voit une jeune joueuse et le président de la FHF assis côte à côte sur un canapé pendant une interview. Yves Jean-Bart garde sa main sur l’épaule de l’adolescente durant les plus de sept minutes de l’entrevue. 

Les organisations féministes Sofa et Kay Fanm ont publié un communiqué samedi pour soutenir les victimes :

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"Ces filles sont exposées aux prédateurs sexuels et ne bénéficient d’aucune protection de l’État ou d’autres responsables. Dans l’une des vidéos qui circulent, on peut voir Yves 'Dadou' Jean-Bart toucher une jeune fille sans se gêner."

"Ce sera un combat pas seulement avec Dadou Jean-Bart, ce sera un combat avec les médias, la police, la justice", a réagi la militante Pascale Solages, membre fondatrice de l’organisation féministe haïtienne Nègès Mawon. "Il faut rappeler que les familles des victimes et la population souvent aussi se font complices car rester dans le silence, c’est comme rester en sécurité", explique-t-elle.

L’office de protection du citoyen (OPC) de Haïti a exigé samedi l’ouverture d’une enquête après la publication de ces accusations. Dans un communiqué, elle "demande aux instances concernées", notamment le ministère de la Jeunesse et des Sports et celui de la Justice, de diligenter "une enquête autour de ces allégations afin de faire la lumière sur cette question, qui peut éventuellement avoir de graves conséquences sur le football haïtien."

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Dans un communiqué de la fédération publié samedi, "Monsieur Yves Jean-Bart réfute ces accusations d’abus sexuels et les place dans le contexte enclenché depuis 20 ans pour l’évincer de la présidence de la FHF". "Ces accusations mensongères sont aussi criminelles que les pratiques d’abus sexuel sur mineur", estime M. Jean-Bart qui indique avoir prévenu la Fifa de ces accusations. 

Avec AFP 

Par Lucie Bacon, publié le 04/05/2020