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Souffrant de graves lésions cérébrales, Steve Thompson poursuit World Rugby en justice

Publié le

par Axel Savoye

Steve Thompson of England and Joe Ansbro of Scotland during the RBS Six Nations match between England and Scotland at Twickenham in London, UK. (Photo by ben radford/Corbis via Getty Images)

"Je ne me souviens pas avoir gagné la Coupe du monde" révélait-il dans une récente interview.

Steve Thompson, ainsi que sept autres anciens internationaux, s’apprêtent à poursuivre en justice plusieurs organisations de rugby pour négligence. L’objet du litige ? Des lésions cérébrales permanentes et des signes précoces de démence, probablement occasionnés par des coups répétés à la tête durant les matches.

Steve Thompson lui-même a dû prendre sa retraite à cause de blessures sérieuses et répétées aux cervicales. Dans une lettre de réclamation, qui sera envoyée la semaine prochaine aux instances du rugby anglais et gallois, mais aussi à World Rugby, les anciens joueurs réclament plusieurs millions de livres sterling de dommages et intérêts.

À 42 ans, Steve Thompson souffre d’une démence précoce et d’une probable encéphalopathie traumatique chronique (ETC). Pour lui et d’autres joueurs, le crime est signé. Dans une récente interview accordée au Guardian, l’ancien talonneur du XV de la Rose confiait que s’il pouvait revenir en arrière, il ne rejouerait plus au rugby :

"C’est le rugby qui m’a fait subir tout ça. […] Certaines personnes préfèrent les grosses lumières, alors que moi, je ne veux pas de ça. Je n’ai jamais voulu cela. J’aurais préféré avoir une vie normale."

L’ETC est une maladie qui a déjà fait parler d’elle après plusieurs scandales dans le football américain et a même été l’objet central du film Seul contre tous avec Will Smith. Elle est à l’origine de plusieurs symptômes dont des problèmes de mémoire, la perte de contrôle des émotions et des troubles du sommeil, le tout consécutif à plusieurs commotions cérébrales. L’ETC ne peut être diagnostiquée qu’après la mort du malade. De ses années de jeu, Steve Thompson ne garde aucun souvenir :

"Je ne m’en souviens pas, je n’ai pas de souvenirs. Je n’ai pas de sentiments sur ça. Vous nous voyez soulever la Coupe du monde et je me vois là, sautant partout. Mais je ne m’en souviens pas."

Les séances d’effort brutales, les entraînements où être au bord de l’évanouissement devient normal et l’impression d’avoir été traité comme "un morceau de viande" ont poussé le rugbyman à diriger sa colère vers les clubs. Thompson souhaite que le rugby soit mieux régulé et que les joueurs professionnels soient autorisés à jouer après avoir passé un scanner cérébral avant le début de chaque saison :

"Chaque année, vous conduisez votre voiture et vous faites un contrôle technique. Le corps est exactement pareil. Si ça ne marche pas, vous ne devriez pas faire votre travail. Ça a l’air affreux, parce que des gamins vont devoir prendre leur retraite à 22 ou 23 ans. Mais croyez-moi, c’est mieux d’y mettre un terme que d’être là où j’en suis maintenant."

Steve Thompson et ces sept joueurs ne seraient que la partie visible de l’iceberg. Selon leur avocat, 80 autres anciens joueurs âgés de 25 à 55 ans présentent les mêmes symptômes de démence. Plusieurs anciens joueurs avaient réclamé davantage de recherche pour un meilleur bien-être des rugbymen alors que les cas de démence et les décès précoces se multiplient. Si cette poursuite judiciaire, qui est une première dans l’histoire du rugby, aboutit en faveur des anciens joueurs, cela pourrait amener plusieurs changements, autant dans la pratique du rugby que dans les comportements des organisations.

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