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"Mine de rien, j'ai réalisé mes rêves d'enfant", on a discuté avec Jérome Raffetto, capitaine de l'équipe française de football pour amputés

Publié le

par Anna Finot

L'idée d'un match contre les Marseillais de W9 a d'ailleurs été suggéré.

Ils sont sept, portent le même maillot tricolore sur la pelouse, disputent la Coupe du Monde de 2017 en Turquie, partagent la même passion et vivent le même handicap. Eux, c'est l'Equipe Française de Football pour Amputés (EFFA) — à ne pas officiellement nommer "l'Equipe de France", faute de reconnaissance par la Fédération de Handisport. Méconnue aux yeux du grand public, la discipline peine à se développer dans l'Hexagone, alors que certains pays voisins la reconnaissent de manière professionnelle.

Une carrière en Ligue 2

C'est que déplore l'EFFA dont Jérome Raffetto, ancien joueur professionnel en Ligue 2, désormais capitaine de l'équipe pour amputés, fait partie. Cet amoureux de l'OM a vu sa vie basculé lorsqu'il est renversé par une voiture en 2005. Après douze années sans toucher le ballon, et ayant perdu tout espoir de rejouer un jour, il découvre l'EFFA en 2018. Renouant alors avec ses rêves d'enfant, il endosse à nouveau un maillot, celui des Bleus.

Aujourd'hui âgé de 41 ans, Jérome Raffetto nous raconte ses débuts dans le foot, à l'âge de 14 ans, dans un club du sud très côté à l'époque.

"J'ai signé à 15 ans, avec comme objectif de signer un contrat pro et tenter d'arriver le plus haut possible, comme tous les rêves de gamin de mon âge, mais en valide. J'ai joué par la suite la moitié de la saison en Ligue 2 à l'AS Cannes, puis j'ai traversé la France pour jouer à Dunkerque, à 19 ans. J'étais vraiment très motivé ! Tout s'est très bien passé les six premiers mois jusqu'à une blessure au dos qui m'a tenu éloigné du terrain pendant un mois et demi. Jusqu'à mes 25 ans, je persévérais en tant qu'amateur, et puis il y a eu l'accident."

Une découverte au hasard

Un coup fatal du destin qui l'éloigne définitivement de ses rêves de footballeur professionnel. Pendant les douze années qui ont suivi l'accident, Jérome Raffetto ne touche plus à un ballon mais ouvre un complexe de sport, toujours passionné par cette discipline qui l'anime depuis petit. "J'ai toujours vécu avec le foot, ça toujours été ma passion. Après l'accident, j'avais pris 12 kilos. Et quand en 2018 j'ai repris grâce à l'EFFA, ça m'a redonné quelque chose pour me sentir mieux dans ma vie."

Pourtant ça n'a pas été évident de découvrir le football pour personnes amputées. Bien que motivé à continuer ce sport malgré son handicap, Jérome Raffetto tombe d'abord sur les sports affiliés à la Fédération de Handisport, le cecifoot ou le football fauteuil, qui ne le convainquent pas vraiment. Il abandonne alors l'idée jusqu'à tomber par hasard sur l'EFFA quelques années plus tard, "en allant chercher sa fille au théâtre", se souvient-il précisément.

"Depuis que je joue avec des béquilles, c'est le jour et la nuit"

Mais d'ailleurs, qu'est-ce-qui change concrètement dans le football pour amputés ? "C'est surtout au niveau de la coordination que ça change puisqu'il faut gérer les béquilles en plus, nous confie l'ex-attaquant de Ligue 2 aujourd'hui défenseur. J'avais essayé de jouer avec une prothèse mais j'ai vite abandonné, ça me faisait trop mal. Par contre depuis que je joue avec des béquilles, c'est le jour et la nuit : j'arrive à courir, faire des jongles, des tours du monde..."

Autre grosse différence avec le football valide, l'aspect financier. "On galère pour tout, on n'a pas de fonds, ce ne sont que des partenaires privés. On se fait prêter les terrains, les déplacements sont payés de nos poches ou par des dons issus de tombolas, par exemple". Et pour l'entraînement : il faut jouer face à des équipes valides. Jérome Raffetto continue de jouer avec ses collègues, "d'ailleurs ce soir, comme tous les mardis, c'est five avec mes potes".

La Fédération de Handisport fait la sourde oreille

Dans les vestiaires, la bonne ambiance règne : "[Entre joueurs amputés] On rigole beaucoup, ça se charie, ça se chamaille, ça reste un vestiaire de football comme en valide. À la différence qu'on parle de nos difficultés, des galères administratives, juridiques dues nos accidents. On est là pour se soutenir pendant nos coups de mou et se donner des conseils. On est une grande famille où on se raconte ce qui nous arrive et ce qu'on ressent."

On imagine que les choses bougeraient si la Fédération de Handisport arrêtait de faire la sourde oreille et s'inspirait de pays comme la Turquie ou la Pologne, qui développent des championnats professionnels en recrutant des joueurs rémunérés. Pas étonnant donc de retrouver l'ancien pro en Pologne il y a quelques mois, lorsqu'avec trois autres joueurs français, ils ont été invités à jouer pour l'équipe nationale lors d'un championnat.

"J'ai réalisé mes rêves d'enfant"

L'EFFA n'a encore qu'une équipe, sans championnat ni sélection. Mais cette année est celle du changement, comme nous le dévoile Jérome Raffeto : "On a décidé de créer nos clubs de championnat à côté de quatre grandes villes françaises : Marseille, Paris, Nantes et Annecy. Ces quatre clubs de championnat français nous donnent accès à la Ligue européenne des champions."

La Fédération Européenne de Foot pour amputés a en effet créé il y a trois ans sa propre Ligue des champions pour les meilleurs de chaque championnat national. Jusqu'à présent, la France n'y a jamais participé. Mais en mai 2022, à l'occasion de la prochaine Ligue européenne des champions, un club tricolore y participera pour la première fois. Reste maintenant à savoir lequel. Réponse fin décembre.

En attendant, Jérome Raffetto espère continuer le plus longtemps possible, et pense peut-être au futur match contre les candidats de télé-réalité des Marseillais, si l'idée se concrétise. "Mine de rien, j'ai réalisé mes rêves d'enfant puisque j'ai fait le championnat d'Europe, j'ai été au Mexique pour une Coupe du Monde et il y a deux mois, j'étais le capitaine de mon équipe en Pologne".


Comment se joue le football pour amputés ?

 Le match se joue à 7 contre 7 en comptant le gardien. Les joueurs sont sur la pelouse sans leur prothèse et se déplacent en béquille. Seul leur jambe valide a le droit de toucher le ballon. Quant au gardien, il est sur ses deux jambes mais ne peut se servir que d'une seule de ses mains. 

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