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Juninho évoque le racisme et les inégalités au Brésil dans une interview au Guardian

Publié le

par Lucie Bacon

Le directeur sportif de l'OL a fondu en larmes au moment de parler de la situation de son pays.

Dans une rencontre réalisée avec le journaliste Thiago Rabelo pour le journal britannique The Guardian, l’actuel directeur sportif de l’OL et légende du club lyonnais, Juninho, n’a pas vraiment parlé de football. Il s’est en revanche longuement confié sur les maux qui gangrènent la société brésilienne et lui font regretter le chemin que prend son pays. Juni est tellement bouleversé et préoccupé par la situation locale qu’il a fondu en larmes, raconte le Guardian, au bout de 30 minutes d’interview.

Juninho a notamment fait part des disparités économiques qui régissent la vie du peuple brésilien, et de leurs incidences sur la réussite de chacun :

"Les riches disent que nous devons investir dans l’éducation – mais comment ? Nous devons lutter contre la faim, c’est ce que Lula [ancien président brésilien, ndlr] disait. Si vous avez faim, vous n’avez aucune confiance. Imaginez un père ou une mère qui n’est pas en mesure de fournir trois repas par jour à ses enfants. La dignité est plus importante encore que l’éducation. La dignité humaine est un droit que nous devons tous avoir."

Le Brésilien regrette aussi amèrement la direction politique que prend son pays après l’élection de Bolsonaro. Il explique avoir tourné le dos à la majorité de ses proches convaincus par les fake news relayées par le président brésilien avant son élection et depuis le début de son mandat :

"Au début, aux alentours du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2018, j’ai essayé de parler aux gens, de leur montrer des vidéos de tout ce qui se passait. Bolsonaro est un enfant de WhatsApp et de fake news. Les personnes le soutenant étaient majoritaires et j’ai décidé de m’en éloigner. Je sais que certains d’entre elles regrettent maintenant leur décision. Elles pensaient que Bolsonaro était la seule option.

L’élite brésilienne n’a pas d’empathie et ne nous apprend pas à en avoir non plus. L’élite ne comprend pas l’ampleur des inégalités financières dans le pays et si elles s’aggravent, il y aura de la violence. […] Nous avons de grands journalistes dans notre pays mais pas un média qui osera publier ce genre de choses. Plus de 42 millions de personnes n’ont pas voté en 2018. Si la presse brésilienne avait fait son vrai travail, Bolsonaro n’aurait jamais été élu. Juste du vrai journalisme : écrivez et dites la vérité à tout le monde."

En prenant Neymar pour modèle, Juni explique également la mentalité de cette fameuse élite brésilienne, qui, comme lui à son époque d’ailleurs, préfère courir après l’argent que vers la solidarité, une valeur que Juninho a connue plutôt lors de son arrivée en France, comme il en a déjà parlé dans d’autres interviews :

"Au Brésil, on nous apprend à ne nous soucier que de l’argent, mais en Europe, ils ont une mentalité différente. Inconsciemment, j’ai fait un plan de carrière parce que je voulais aller dans un autre grand club au Brésil, et pas seulement pour faire du sport. On m’a appris à aller vers celui qui me paierait le plus. C’est la mentalité brésilienne.

Regardez Neymar. Il a signé au PSG juste pour l’argent. Le PSG lui a tout donné, tout ce qu’il voulait, et maintenant il veut partir avant la fin de son contrat. Mais il est maintenant temps de redonner, de montrer de la gratitude. C’est un échange, vous voyez. Neymar doit donner tout ce qu’il peut sur le terrain, faire preuve d’un dévouement total, de responsabilité et de leadership. Le problème, c’est que l’élite au Brésil veut toujours plus d’argent. C’est ce qu’on nous a appris depuis toujours."

Et quand le journaliste lui demande si c’est Neymar qui est en faute, ou la société brésilienne dans son ensemble, Juninho pointe du doigt une culture qui dépasse les choix personnels de chacun mais qu’une remise en question pourrait le faire évoluer :

"C’est tout simplement ce que Neymar a appris. Je dois faire la différence entre Neymar en tant que joueur et Neymar en tant que personne. En tant que joueur, il est dans le top 3 mondial, au même niveau que Cristiano Ronaldo et Leo Messi. Il est rapide, solide, peut marquer et faire des passes décisives comme un vrai numéro 10. Mais en tant que personne, je pense qu’il est coupable parce qu’il a besoin de se remettre en question et de grandir. Pour le moment, il fait juste ce que la vie lui a appris à faire."

Enfin, Thiago Rabelo a interrogé l’ancien numéro 8 lyonnais sur la question du racisme, proéminent dans de nombreuses sociétés, et le Brésil n’y échappe évidemment pas :

"Comment un enfant de 8 ans a-t-il pu être abattu par la police comme cela s’est produit l’année dernière au Complexo do Alemão [une favela de Rio, ndlr] ? Comment est-il possible de vivre après cela ? C’est incroyable. Regardez George Floyd. Il ne pouvait pas respirer. C’est un être humain. Je ne peux pas imaginer comment la police peut faire ça. C’est du racisme et c’est très, très triste.

Il y a des milliers de George Floyd au Brésil et des milliers d’autres qui ont souffert en silence et que nous ignorons. Il est inhumain de dire que nous n’avons pas de George Floyd au Brésil. Des crimes ont lieu tous les jours. Les homosexuels sont également persécutés et c’est l’une des choses pour lesquelles j’en veux autant aux soutiens de Bolsonaro."

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