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Johann Zarco : humble et déterminé, le pilote de MotoGP nous dévoile son parcours radieux

Publié le

par Ana Corderot

© Red Bull

"Si toutes les planètes sont alignées, alors il ne faut pas manquer le coche, il faut y aller."

La saison 2021 de MotoGP a commencé sur les chapeaux de roues pour le pilote de MotoGP Johann Zarco, qui a battu un record du monde de vitesse le 11 mars dernier, lors d’une journée de test sur le circuit qatari de Losail. C’est entre une journée d’entraînement intensive et une soirée de repos dans sa chambre d’hôtel que Johann nous a accordé cette interview.

Une semaine avant le Grand Prix du Qatar, le double champion du monde en Moto2 est en belle forme pour rentrer sur la piste le plus sereinement possible. Confiant, ambitieux mais humble et réaliste... Vous comprendrez pourquoi Johann Zarco a tout d’une icône de la moto.

Konbini Sports | Vous venez de battre un nouveau record de vitesse en test, jamais enregistré dans l’histoire de la MotoGP. Ça doit être sacrément gratifiant pour vous et votre entourage. Mais revenons un peu en arrière, comment tout a commencé ?

Johann Zarco | À 9 ans, mon père m’a emmené faire de la moto à côté de chez moi, sur la Côte d'Azur. En essayant, j’étais vachement à l’aise, même la personne du circuit l’avait remarqué et a dit à mon père : "Ça se voit qu’il sait en faire." Ce à quoi mon père a répondu que c’était la première fois. Au fur et à mesure, j’ai continué à y prendre goût et je me suis inscrit à des cours dans un club. Étant donné que ma famille n’avait pas du tout de lien avec la mécanique, j’ai commencé par y aller à tâtons.

Au début, c’est difficile, on tombe, on fait des erreurs, mais très vite on se relève et on avance. Le rêve d’en faire mon métier est vraiment venu à 14 ans. C’est à ce moment que j’ai senti que c’était une réelle vocation. Très vite, tout s’est enchaîné : les championnats nationaux, d’Europe puis du monde à 19 ans où j’ai pu attaquer les grands prix.

J’ai fait trois ans de Moto3, cinq ans de Moto2, où j’ai décroché deux titres mondiaux [2015 et 2016, ndlr], et puis aujourd’hui j’attaque ma cinquième année de MotoGP avec de belles ambitions de jouer le titre et des podiums. Même si c’est un niveau très élevé, et que je suis réaliste, je ne perds pas de vue mon rêve de départ.

Comment avez-vous vécu le passage de Moto2 à MotoGP en 2017 ?

Je l’ai vraiment très bien vécu, c’est l’une des plus belles périodes de ma vie. Après mes deux titres mondiaux en 2015 et 2016, j’ai pu surfer sur une très belle vague. J’étais aux anges de découvrir cette catégorie supérieure. Pour ce qui est de la vitesse, je l’ai développé au fil des années, j’étais tellement sur un bel élan, que j’ai attaqué très fort cette catégorie reine. Ça m’a fait grandir, car j’ai vraiment intégré de nouvelles valeurs. Encore maintenant, ça m’a prouvé que j’avais ma place.

Avec ce record de vitesse, sentez-vous que vous avez assis un peu plus votre notoriété en MotoGP ?

Oui, ça prouve aux adversaires que "Jojo est là", et c’est important, car il vaut mieux être craint pour pouvoir se battre. C’est clair que 357 km/h, c’est presque du 100 mètres par seconde, mais c’est plutôt anecdotique en compétition. Ce n’est pas nécessairement ce qui impressionne le plus les adversaires. On va plus regarder les chronos, la régularité sur tous les tours… Par contre, il est certain que ça provoque des : "Oh, il possède la moto la plus rapide et sait très bien s’en servir."

Aussi, comme ce sont des vitesses que peu de gens atteignent, ça permet de faire connaître le monde de la moto à plus de personnes. Le fait que l’on parle de moi via ces records me permet effectivement de prendre davantage confiance en mes capacités. Je me dis que si toutes les planètes sont alignées, alors il ne faut pas manquer le coche, il faut y aller.

On ne se rend pas compte du réel impact que la vitesse a sur votre corps, qu’est-ce que cela vous procure comme sensations ?

C’est beaucoup d’adrénaline. Lorsque l’on approche de vitesses aussi hautes, on ne peut pas dire à combien on se trouve, mais on le sent. Lorsque l’on enchaîne chaque virage, qu’on met beaucoup d’élan et que l’on monte à des vitesses intenses, on sait que ça tient, mais parfois on est encore très surpris. Selon moi, c’est ça qui est génial, parce que cela me donne envie de recommencer.

Par exemple, lorsque mon frère m’a soigné après ma première journée d’essai, il m’a demandé si je me sentais bien, parce qu’en fait j’étais stone à cause de la décharge d’adrénaline. Lorsque je monte sur la moto, j’essaie au maximum de trouver des automatismes dans le changement et de faire confiance à mon corps, puisqu’il possède une mémoire, et va imprimer ce que je ressens. C’est difficile, mais lorsqu’on l’obtient, on est comme sur un petit nuage, voire dans un état de grâce.

Et comment vous préparez-vous physiquement ?

Cela passe d’abord par une très bonne condition physique, puisqu’il faut que le corps encaisse le coup. Comme il y a une montée d’adrénaline, et donc que le cœur monte très haut, il faut l’entraîner pour rester lucide. J’ai des entraînements physiques chaque jour. Une demi-heure avant les courses, je fais des étirements et je me mets dans ma bulle pour être apte à commencer. Je suis suivi par mon frère pour prendre soin de mon corps et par mon préparateur physique.

À en croire les vidéos, on a l’impression que vous ne faites plus qu’un avec la moto. À quel point cette dernière a une influence sur vos performances ?

Alors, ça relève presque de la superstition. Pour les Anglo-Saxons, la moto est un bout de fer qu’il faut tordre et adapter. Pour les Latins, la moto possède une âme, et il faut être bien avec son âme sœur pour réussir. Comme je suis latin, je pencherais plutôt de ce côté. Admettons, si je tombe, je vais être vraiment dégoûté d’avoir cassé la moto et pour tout le travail de l’équipe. À chaque fois que l’on chute, c’est certain qu’il vaut mieux que ce soit le matériel qui prenne que le pilote, mais on a quand même un petit pincement au cœur dès qu’on la casse.

Après, certains ont plus de croyances que d’autres et feront le signe de croix sur le réservoir. Personnellement, je reste terre à terre. Bien sûr, il y a un réel partage, une vibration avec la moto, et c’est ça qui me fait vibrer, faire un avec. Il faut que ça passe dans le ressenti pour ensuite faire de belles performances. Derrière moi, il y a une team qui m’accompagne, composée de sept hommes qui gèrent la moto, qui la règlent et à qui je donne mes commentaires pour que la moto soit encore plus performante, et que je puisse me sentir mieux dessus.

Avec des accélérations pareilles, la prise de risque est d’autant plus forte. Comment vous sentez-vous mentalement, la peur vous envahit-elle ?

Ce n’est pas vraiment de la peur, mais une concentration. Je suis conscient de ce qui peut arriver mais je ne pense pas à ce qui peut se passer de mal, sinon c’est déjà du négatif. Il faut penser positif, il faut y aller en se disant que l’on fera son max pour être le meilleur. Et même si, finalement, on n’est pas le meilleur mais qu’on a fait de son mieux, il ne faut pas le regretter. Si aujourd’hui mon maximum c’est être cinquième ou sixième, eh bien je le prends et je suis heureux. Pour revenir à la peur, il y a certes une conscience du danger, mais qui nécessite d’être un peu fataliste. On ne peut pas tout contrôler, il arrivera ce qui doit arriver.

Et votre entourage, comment le vit-il ?

Depuis petit, ça n’a jamais trop plu à ma mère, disons qu’elle était soucieuse. Elle fait l’effort mais préfère écouter. Mon père, lui, a toujours aimé regarder et me suivre. Par contre, il est plus à l’aise lorsqu’il me voit à la télé sur les premières places que lorsqu’il ne me voit pas. Pour ce qui est de ma sœur, elle est très sensible, alors elle regarde mais elle se met également dans sa bulle et se dit qu’elle est avec moi. Ma chérie, je ne sais pas bien, elle regarde, et même si parfois elle peut être froide, elle me soutient énormément.

À une semaine du Grand prix du Qatar, vous sentez-vous en confiance pour la suite ?

Même si l’échéance arrive, disons que je me sens plutôt décontracté. Le fait d’être resté seul au Qatar pour les essais et la course me permet d’être vraiment concentré et ça me plaît. J’ai le temps pour tout faire : m’entraîner, me reposer, bien manger et faire quelques interviews [rires].

Après, j’ai hâte de remonter sur la moto, le fait de vivre dans le moment présent me fait apprécier ce que je fais actuellement. J’évite de me faire trop de films. Pour me détendre, je regarde pas mal de golf le soir avec de grandes étendues vertes ou, parfois, comme la nuit dernière, j’ai regardé un vieux documentaire moto et ça m’a fait du bien de revoir ces choses qui m’animent.

Pour terminer, est-ce que vous avez un circuit de prédilection ?

On peut croire qu’il y a des circuits qui vont mieux aller que d’autres. Pourtant, avec les années et l’expérience, je me suis aperçu que certains où je pensais bien faire j’ai en réalité eu des difficultés, et inversement. Toutes ces expériences m’ont appris à vivre au présent. On ne peut pas contrôler ce genre de choses. Je fais le métier de mes rêves et je parcours le monde entier pour faire ce que j’aime, donc rien que ça, c’est déjà énorme et je suis vraiment heureux.

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