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"Je ne pensais pas devenir pro" : entretien avec le joueur de NBA Vincent Poirier

Publié le

par Abdallah Soidri

© Instagram (viinze_17p)

De joueur de foot à joueur de NBA.

Vincent Poirier risque de se rappeler longtemps de sa première saison en NBA. Malgré un faible temps de jeu, le pivot français a vécu une année riche en émotions, tant sur le plan sportif que personnel : du parcours des Celtics jusqu’en finale de la conférence est à la naissance de sa fille, en passant par le contexte particulier de la bulle d’Orlando.

L’intérieur tricolore est revenu pour Konbini Sports sur cette expérience pas comme les autres, tout en évoquant ses débuts dans le basket, sur le tard, à l’âge de 17 ans, alors qu’il jouait au foot avant. Entretien.

Konbini Sports | La saison NBA est officiellement terminée depuis cette nuit. C’était ta première, quel bilan en tires-tu ?

Vincent Poirier | Un bilan mitigé, à cause d’un temps de jeu assez moyen, voire inexistant. Quand je fais le bilan, je me dis que je n’ai pas perdu une année : j’ai appris, j’ai progressé aussi. On ne va pas dire que c’était un mal pour un bien, car rien ne vaut le temps de jeu, mais c’était une année rookie, ça arrive à beaucoup de gens. Il faut laisser le temps passer, et il va jouer en ma faveur. C’est important de retenir le positif.

Comment ça s’est passé l’adaptation à la vie américaine ?

L’équipe m’a bien accueilli. On a rapidement trouvé un appartement. Les gars étaient cool, j’en avais déjà croisé certains durant la Coupe du monde [2019, ndlr], il y avait comme un sentiment de déjà-vu. Mais pour ce qui est de l’adaptation au jeu, aux entraînements et à l’environnement, ça m’a pris un peu plus de temps. Par exemple : la nourriture est plus riche qu’en Europe, et tu le ressens. Mais globalement, tout s’est bien passée.

Tu as vécu un heureux événement aussi cette année, la naissance de ta fille, dans un contexte particulier. Tu nous racontes ?

[Rires] On avait calculé pour que la naissance tombe après la fin de la saison, mais avec la bulle et le fait qu’on soit allé jusqu’en finale de conférence, je ne pouvais pas être là. Je devais rentrer le 6 septembre et elle m’a appelé le 3 pour me dire qu’elle avait perdu les eaux. Le temps que je prenne un billet, l’accouchement avait déjà eu lieu. Je l’ai loupé mais j’ai eu ma femme en Facetime. C’était compliqué parce qu’elle était toute seule. Avec le Covid, on ne pouvait pas faire voyager la famille mais elle a réussi à gérer. Finalement tout va bien.

"Il n’y avait pas de moyen de s’échapper dans la bulle"

Ça n’a pas été trop dur d’être loin de ta femme enceinte quand tu étais dans la bulle ?

C’était compliqué mentalement, parce qu’elle était toute seule et elle sentait que ça arrivait. Heureusement que là-bas les hôpitaux et les médecins ont été géniaux. J’aurais aimé revenir avec la bague de champion, comme ça j’aurais eu une bonne raison d’être parti [rires].

Est-ce que tu peux nous parler de la bulle, c’était comment l’ambiance dedans ?

C’est comme une compétition internationale avec l’équipe de France quand on part à l’étranger pour un championnat du monde ou d’Europe. On est dans un hôtel, on croise les autres équipes, on a son coin pour manger. L’avantage, c’est qu’on était à Disney. Il y avait de la place, la piscine, on avait nos petites habitudes. L’ambiance était bonne. Il y a quand même eu des petites tensions, comme dans toutes les équipes, mais c’est normal quand on est éloigné de nos familles et des gens qu’on aime. Le problème, c’est qu’il n’y avait pas moyen de s’échapper dans la bulle. Quand on est à la maison, on peut toujours sortir pour aller au restaurant, mais là on était enfermé H-24. C’était le plus dur, de ne pas pouvoir se vider la tête. Sinon c’était très bien organisé, c’était l’endroit le plus safe de la planète : le Covid n’est pas rentré.

Et durant les matches ?

C’est bizarre mais en match on ne fait pas trop attention à la bulle. En tant que professionnel, on s’habitue assez vite. La NBA avait fait en sorte qu’il y ait des bruits de public et d’ambiance. Ça se rapprochait au maximum d’un match avec du public, mais sans l’interaction. À la fin, sur le terrain, on est concentré sur le match et on ne fait pas trop attention.

Quel regard portes-tu sur cette campagne de playoffs ?

On a fait un bon parcours : on sweepe les Sixers au premier tour, on élimine le champion en titre en 7 matches, et après on tombe contre Miami qui a mérité sa place en finale. On a eu des problèmes de compréhension et de communication. L’équipe est jeune et avec peu d’expérience : c’est la première fois que Kemba Walker gagnait plus de 5 matches en playoffs, Tatum et Brown avaient des responsabilités en playoffs pour la première fois aussi. C’est sur ce genre de détails qu’on perd selon moi. Mais on peut être fiers de ce qu’on a montré et du parcours. C’est comme ça qu’on apprend et l’année prochaine on aura la motivation pour faire mieux.

Revenons quelques années en arrière. Tu as un parcours assez atypique : tu commences le basket sur le tard, à l’âge de 17-18 ans. Pourquoi ce choix du basket, alors que tu jouais au foot ?

Arrivé en classe de seconde, un ami qui jouait au basket m’a dit qu’il fallait que je vienne parce que j’étais grand. Je lui ai répondu : "Pour l’instant, je joue au foot, je finis ma saison et on verra l’année prochaine." L’année d’après, je suis allé voir et je me suis inscrit pour essayer. Je n’allais pas faire carrière dans le foot donc autant aller faire du basket avec les copains. Le foot, je peux y jouer à côté de chez moi. J’ai essayé et le club était très intéressé, ils m’ont appris les bases et six mois après je signais avec le Paris-Levallois.

La preuve qu’on peut commencer un sport tard et être performant…

La même année, j’ai été appelé en équipe de France U18 parce que… je ne sais pas. Ils ont dû voir 2 m 10 sur la licence et ils m'ont appelé. À la même époque, j’allais à l’INSEP et on me disait qu’on appuierait n’importe laquelle de mes demandes de club. Tout se profilait pour que j’intègre un centre de formation. C’était cool, fallait juste faire le choix.

"Si je fais partie des 12 joueurs qui remportent l’or aux JO, je serai dans la légende"

Quand tu as commencé le basket, tu avais des idoles ?

Je ne regardais pas de joueurs en particulier, ni de matches NBA. Je jouais pour m’amuser, je ne pensais pas devenir pro. Puis, j’ai regardé Dwight Howard, au Magic. En grandissant, j’ai regardé Ante Tomič, en Euroligue, parce que je voulais jouer à ce niveau. Ce sont les deux joueurs que j’ai principalement regardés, je n’allais pas plus loin.

Même si tu gravis les échelons vite, tu ne t’imposes pas toute de suite au Paris-Levallois. À ce moment-là, as-tu douté de ton choix ?

Au Paris-Levallois, c’était un concours de circonstances. J’étais en Pro B, je voulais être reprêté en Pro B, le coach ne voulait pas donc je suis revenu mais je ne jouais pas. Le coach a été licencié et c’est Frédéric Fauthoux qui a repris l’équipe. Au même moment, un des pivots se blesse, l’autre se fait couper, et il ne reste que moi. C’est là qu’il faut être bon. Et ça s’est bien passé [rires].

Finalement, tu arrives même en équipe de France A. Et cet été il y a la perspective des JO, mais les propos d’Adam Silver laissent penser que les joueurs NBA ne pourront pas y participer. Ça te fait peur ?

Je n’ai jamais fait de JO et j’aimerais bien y participer. Je suis assez stressé. Je vais avoir 27 ans, donc pour les prochains Jeux, j’aurai 31 ans. On ne sait pas comment ça va se passer, mais je pense que tout le monde a envie d’y aller. Si les joueurs NBA n’y sont pas, on n’aura pas les JO comme on a l’habitude de les connaître, sans la Team USA au grand complet.

À choisir, entre un titre NBA et titre olympique avec les Bleus, qu’est-ce que tu préfères gagner ?

Je prends le titre olympique. C’est rare les Français champions olympiques. Si je fais partie des 12 joueurs qui remportent l’or aux JO, je serai dans la légende.

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