AccueilStory

"Je n'allais pas me faire éliminer comme ça" : entretien avec Brice de Koh-Lanta

Publié le

par Abdallah Soidri

© Laurent Vu/ ALP /TF1

"Le plus important dans Koh-Lanta, c'est de gagner au bon moment."

Dans le sport, américain en particulier, on utilise le terme "clutch" lorsqu’un athlète se montre décisif dans les moments-clés d’une rencontre, en général dans les derniers instants. Vendredi dernier, Brice s’est montré clutch en remportant l’épreuve d’immunité alors que l’alliance des ex-jaunes, majoritaire, s’était accordée pour l’éliminer au prochain conseil.

En attendant de découvrir s’il se montrera à nouveau décisif lors de l’ultime épreuve d’immunité, le Creusois et revenu sur son aventure, lors de laquelle il a gagné de nouveaux amis et perdu beaucoup de kilos. Entretien.

Konbini Sports | Qu’est-ce qu’on ressent quand on gagne une épreuve d’immunité en sachant que sa tête est mise à prix ?

Brice | Je me sentais déjà en danger avec les destins liés et la possibilité pour les jaunes de faire sauter deux rouges en même temps. Je passe l’étape des binômes et j’ai un regain de motivation. L’épreuve d’immunité arrive, Denis nous informe pour l’élimination du dernier mais je n’y pense pas, seule la première place m’intéresse. Je n’ai pas le choix. Toute la journée, j’entends : "C’est Brice qui part. Faut juste qu’il perde à l’immunité et on est tranquilles. On passera un conseil sereins." J’avais la rage à entendre tout le monde se mettre d’accord sur mon départ. Je suis arrivé à l’épreuve motivé et concentré comme jamais. Je n’allais pas me faire éliminer comme ça. À la fin de l’épreuve, que je gagne, Denis me dit que je l’ai pliée : j’ai dû la terminer en 2 minutes. Même si je suis au bout de ma vie à ce moment de l’aventure, la victoire m’a reboosté.

En plus de sauver ta peau, tu remportes aussi ta première épreuve individuelle. On sentait que tes échecs répétés te pesaient et qu’il y avait beaucoup de frustration.

Quand Denis me donne le totem et que je suis le premier garçon à le remporter alors que d’autres étaient plus forts que moi sur le papier, ça fait plaisir. À ce moment-là, je me dis que je n’ai pas fait 35 jours pour rien, malgré la souffrance et le fait que je n’ai plus un gramme à perdre. Ce totem est tombé pile au bon moment.

Je suis arrivé dans le jeu affuté comme jamais, après 6 mois de préparation intensive. Finalement, j’ai tapé dans les muscles au bout de 3 jours, alors que tous les autres puisaient dans la graisse. J’ai compris que ça allait être compliqué. Mais je n’ai pas de regret parce qu’être prêt physiquement, c’est être prêt mentalement. Je pensais que Koh-Lanta c’était 80 % de physique et 20 % de mental, mais c’est l’inverse. Si je gagne mon immunité, c’est grâce à mon mental. Le plus important dans Koh-Lanta, c’est de gagner au bon moment.

En parlant de physique, ta perte de poids dans le jeu est vraiment impressionnante comparée à celle des autres candidats. Durant l’aventure, pensais-tu avoir perdu autant ?

Je ne pensais pas que c’était aussi voyant sur l’île. Je sentais au moment de dormir que je ne pouvais pas m’allonger sur le côté, à cause de mes os ; j’étais large dans mes pantalons et dans mes shorts aussi. Mais au niveau du visage, ça fait vraiment peur, avec les pommettes vers le bas, les yeux et les joues creusés. Quand ma famille me voit le vendredi, ils me disent : "Heureusement que ce n’est pas en direct, sinon on serait on venu te chercher." Et sur les réseaux sociaux, les gens sont tellement drôles, avec leurs photos de squelettes. Ceux qui pensent qu’on nous donne à manger dans Koh-Lanta n’ont qu’à regarder ma tête dans la vraie vie et celle dans l’émission. Si on nous nourrissait, ça voudrait dire que je ne mange vraiment pas beaucoup. Il y a même des chances que je reparte avec le trophée de l’homme le plus maigre de Koh-Lanta (rires).

"On était vraiment une équipe de bras cassés"

Sachant que le manque de nourriture a été l’un de vos gros points faibles dans l’équipe orange, est-ce que tu te préparerais différemment pour l’aventure, si c’était à refaire ?

On peut survivre sans une bonne cabane et sans trop de nourriture, mais sans feu, c’est critique. D’habitude, il y a toujours quelqu’un qui le claque le 1er ou 2e jour. Nous, on n’a rien eu pendant 12 ou 13 jours. Dès que le soleil se couchait, il faisait nuit noire, on ne pouvait pas bouger de notre cabane, on ne voyait rien et on se nourrissait de choses crues comme des crabes. On a essayé de faire le feu mais, évidemment, personne ne s’était entraîné avant. Avec Dorian, on s’était plus préparés pour les épreuves. On comptait sur François, le papa du groupe, mais lui ne savait pas l’allumer non plus. On était vraiment une équipe de bras cassés. Personne n’avait regardé sur Internet avant de partir, on comptait tous sur les autres.

Revenons à ton aventure. T’arrives à un moment où la stratégie et les alliances comptent plus que jamais. Avant de venir dans Koh-Lanta, est-ce un aspect du jeu avec lequel tu étais à l’aise ?

Je me rappelle avoir dit au casting que la stratégie n’était pas du tout pour moi. Et on m’avait posé cette question : "Mais Brice, si on veut t’éliminer, tu te laisses éliminer ?" Je me suis vite rendu compte qu’on devenait tous stratèges à un moment donné. Quand on veut t’éliminer, tu essaies forcément de retourner les gens, c’est normal. C’est une partie de jeu qui devient obligatoire à mesure qu’on avance. Surtout pour moi, le seul survivant des rouges.

Au final, penses-tu avoir été bon sur la stratégie ?

Ça ne s’est pas vu mais sur les binômes, avec Ava, on a prêché pour notre paroisse. On a évidemment rallié tous les rouges en leur disant qu’il y avait une occasion en or d’éliminer deux jaunes. Ça s’est surtout joué avec Angélique : il fallait qu’elle trahisse cette alliance des ex-jaunes. On lui a dit qu’il fallait mieux continuer l’aventure avec des gens qu’on apprécie, donc s’il y avait des ex-jaunes avec qui ça passait moins bien, autant les éliminer. Ça a réussi, on a passé ce conseil alors que personne ne nous voyait rester. Si on n’est pas stratège, il faut avoir de très bons amis.

"J’ai su qu’il n’y aurait jamais d’équipe blanche"

À ce moment de l’aventure où la stratégie bat son plein, comment ça se passe avec Dorian, ton ami depuis le premier jour, qui est dans une alliance avec les ex-jaune, qui poussent pour ton élimination ?

Je vois qu’il est tiraillé. Mais ce qui m’a énervé, ce sont ses alliances avec tous les gens qui restaient. À la réunification, je demande à Jody où on en était au niveau des stratégies et j’apprends que Dorian avait des alliances avec tout le monde. Il était proche de Loïc, Lola et Alix, le trio des jaunes. Je savais qu’il n’allait pas se mettre avec les rouges pour ne pas se mettre ses amis à dos. Mais on arrive à un moment du jeu où je n’ai plus qu’un ami, lui, et il arrive dans un Koh-Lanta, dans l’épisode de vendredi, où il apprécie tout le monde. Il va devoir faire un choix entre ses amis jaunes et son ami rouge. Le risque d’avoir trop d’alliés, c’est de devoir en éliminer à un moment.

Alors qu’on aurait pu penser que les alliances régionales allaient durer, ça n’a pas été le cas. Comment l’expliques-tu ?

Là où cette édition est forte au niveau de la stratégie, c’est que des aventuriers pensent amitié régionale et d’autres amitiés jaune et rouge. Tout ça entremêlé fait qu’on a tous des alliés et des ennemis. Quand je suis arrivé à la réunification, ce qui comptait c’était mon alliance orange et ensuite mes quelques amis chez les rouges. Mais je me suis vite rendu compte que c’était jaune contre rouge, et que les jaunes voulaient nous faire sauter un par un. J’ai dû revoir tous mes plans : j’imaginais que les jaunes allaient se mettre avec les verts, donc j’ai intégré l’alliance des verts. Mais ils ont fait sauter Hadja en premier, en sortant de fausses excuses. Là, j’ai su qu’il n’y aurait jamais d’équipe blanche.

Parlons de ta relation avec Lola. Comment en êtes-vous arrivés à ne pas vous supporter, sachant que tout part d’un quiproquo ?

Avec Lola, on aurait pu être proches mais chacun a voulu protéger ses amis. Au final, on n’a pas pu se supporter. Elle le dit dans l’aventure, elle veut m’éliminer parce qu’elle ne m’apprécie pas du tout. Mais en dehors du jeu, on n’arrête pas de s’écrire. Encore samedi dernier, après l’émission, elle m’a envoyé un texto dans lequel elle disait qu’elle faisait la part des choses entre l’aventure et la vraie vie. J’en rigole aujourd’hui parce qu’on était à fleur de peau. Elle ne m’appréciait pas et moi non plus. C’était de bonne guerre. Elle avait ses amis et son but était de m’éliminer. Si j’avais été dans sa position, j’aurais fait la même chose. Même si elle a eu des mots forts à mon égard, je ne lui en veux pas.

Heureusement, tu as aussi noué de belles amitiés sur cette édition de Koh-Lanta...

Je pensais que Koh-Lanta était un jeu basé uniquement sur la stratégie, avec des gens qui ne veulent que t’éliminer. J’avais peur de rencontrer uniquement ce genre de profil, mais au final j’ai lié des amitiés folles. En premier avec Dorian. Il s’est vraiment passé un truc le premier jour avec la corde. En un regard, on s’est compris. La première question qu’il m’a posée c’était pour connaître la marque de mes chaussures de sport (rires). Je me suis vite rendu compte que j’allais tout faire pour aller le plus loin possible avec lui. C’est devenu mon meilleur ami aujourd’hui. Et ça se voit dans l’émission, après 35 jours de survie. Même s’il a pensé que je voulais voter contre lui, croyant naïvement Angélique. Ça reste ma plus belle rencontre sur Koh-Lanta. Avec Hadja, j’ai aussi un coup de foudre amical. Elle me faisait tout le temps rire. Malheureusement, elle est partie très vite, et ç’a été l’un des pires départs à vivre dans l’aventure.

À voir aussi sur sports :