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Être supporter en 2021 : comment les habitués des tribunes suivent-ils les matches ?

Publié le

par Julie Morvan

© Flickr, par Campus France

Parce qu’il n’y a pas de raison pour que les compétitions à huis clos ne nous fassent plus vibrer !

Les annonces de janvier dernier ont laissé les amateurs d’événements sportifs sur la touche. "La situation sanitaire s'étant encore dégradée, l’examen de réouverture au public des stades, arenas est engagé mais sans que ne soit, à ce stade, identifié une date pour la réouverture de l’accès des spectateurs aux équipements sportifs", stipulait cette déclaration du 16 janvier 2021. Avec le contexte sanitaire, le sport est devenu un spectacle sans spectateurs.

Covid et gradins vides

Plusieurs événements sportifs se sont ainsi déroulés sans public. C’est le cas des matches de Ligue 1, organisés depuis l’automne 2020 au milieu de gradins vides. Des conditions qui ont donné lieu à des scènes lunaires, comme cette rencontre silencieuse entre le PSG et les Girondins, mercredi dernier au stade Matmut Atlantique.

L’historien et spécialiste du corps et ses représentations Georges Vigarello l’expliquait au Monde en mai dernier : "Aujourd’hui, le public est complètement lié au phénomène sportif. Dans une rencontre à huis clos, on perd le rapport sensuel entre le public et les acteurs."

Le huis clos, un compromis insatisfaisant

Un rapport que nombreux regrettent et s’impatientent de retrouver. Les amateurs de foot, basket ou tennis manifestent parfois leur insatisfaction face à des compétitions sportives suivies à distance.

Félix est un fervent supporteur du PSG. Son premier match, il l’a vécu avec son père au Parc des Princes, en 2005. "C’était le début d’une grande histoire d’amour, je voulais tout le temps y retourner ensuite, nous confie-t-il. Un match est un véritable spectacle, autant en tribune que sur le terrain. Les chants, les lumières, les drapeaux… et puis la communion unique entre le public et les joueurs !"

Avec les compétitions à huis clos, sans les réactions d’un public, il reconnaît qu’il est plus difficile de suivre un match à la télévision. "Avant, même si le match n’était pas visuellement dingue, l’ambiance dans le stade compensait ça et retenait l’attention. Là, ce n’est plus pareil."

Un avis partagé par les plus passionnés. Zef (prénom modifié) est membre du Collectif Ultras Paris. Ce dernier est né en 2016, six ans après la dissolution des groupes de supporters parisiens par Robin Leproux, président du PSG à l’époque. Ayant hérité de son père son amour pour le PSG, Zef évoque avec nostalgie les matches passés au sein du collectif : "C’était un vrai bonheur, il n’y a que des passionnés, réunis pour le plaisir. Qu’on perde ou qu’on gagne, on reste toujours ensemble."

Depuis que les matches se déroulent à huis clos, il déplore les gradins vides : regarder jouer son équipe préférée sans supporters pour l’encourager, c’est un véritable pincement au cœur. Surtout que le visionnage des rencontres n’a plus la même saveur : "Avant, on regardait les matches le soir entre potes. Aujourd’hui avec le couvre-feu, ce n’est plus possible."

Des initiatives pour vivre la compétition à distance

Plusieurs innovations ont vu le jour pour continuer à inclure les supporteurs dans les compétitions, notamment via les réseaux sociaux. Le Stade Malherbe Caen en est un bon exemple. Très actif sur Twitter, le club a proposé à ses fans de soutenir leurs joueurs en tweetant des messages de soutien. Ces derniers sont ensuite diffusés sur les panneaux LED du terrain pendant le match.

Plus récemment, en amont du match entre les Caennais et le PSG en Coupe de France, le compte Twitter a proposé à ses abonnés de participer à un remplissage virtuel d’Ornano, promettant des lots attractifs à la clé.

Du côté des supporters aussi, on redouble de créativité pour recréer l’ambiance galvanisante des stades. Chez Axel, le Stade Rochelais est une affaire de famille. C’est dans une poussette qu’il a découvert les tribunes pour la première fois. Depuis, il n’a (quasiment) loupé aucun match de son club de rugby préféré.

Alors quand il a entendu parler des matches à huis clos, il s’est organisé pour continuer à suivre son équipe en ligne. Avec une dizaine d’amis, il a créé un groupe Messenger qui fait office de tribunes virtuelles. Dessus, ils se partagent les dernières infos sur les matches, lancent des paris et y suivent les rencontres en temps réel.

Ce qui lui manque le plus, c’est le débrief d’après-match, lorsque tous les supporters font connaissance et échangent leurs impressions. Alors, il s’est motivé avec quatre potes pour lancer un podcast sur YouTube dédié au Stade Rochelais : Guichets fermés. Une émulation collective efficace en soutien à son club de rugby favori.

Vers une réouverture des stades ?

Antoine avait l’habitude de fréquenter les stades de foot avant le confinement. Il espère pouvoir y retourner rapidement pour encourager ses joueurs préférés : selon lui, les équipes ont besoin de leur public. "Par leur présence, les supporteurs sont une source de motivation supplémentaire pour les joueurs, explique-t-il. Ils les poussent à se surpasser. Et grâce à eux, un match peut complètement s’inverser."

Fin février, Roxana Maracineanu, ministre déléguée aux Sports, annonçait à BFM TV la possibilité d’utiliser des technologies de crise pour rouvrir les stades prochainement. Parmi ces protocoles en phase d’expérimentation : les vaccins, les tests salivaires et antigéniques, et les QR codes par zones de gradins. Elle était allée rencontrer l’Olympique Lyonnais, qui s’était porté volontaire pour être stade test en France.

En attendant, on peut toujours rêver en regardant ce qui se passe outre-Manche. Au Royaume-Uni, les stades pourraient retrouver jusqu’à la moitié de leur capacité dès fin mai.

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