Comment les commentateurs de foot s'adaptent-ils pour les huis clos ?

"Ce n'est pas le même sport", nous confie un journaliste.

C’est un exercice auquel ils ne sont pas habitués et qu’ils vont devoir exercer souvent dans les prochaines semaines : les commentateurs de foot vont devoir s’adapter aux huis clos auxquels sont désormais soumis de nombreux matches de foot. Car commenter un match dans un stade vide ou plein n’est absolument pas la même chose, les journalistes nous expliquent comment ils appréhendent cet exercice délicat.

"Ce n’est pas le même sport", nous lâche Emmanuel Barth quand on lui demande la différence pour lui entre stade vide et enceinte pleine. Et pour cause : ce journaliste et commentateur de beIN Sports a vécu son baptême du feu à Lens, lundi dernier, ce fameux match où le speaker a célébré l’unique but de la rencontre comme si Bollaert était plein.

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"Tu te rends compte de l’impact du public en termes de spectacle, nous explique Emmanuel Barth deux jours après la rencontre. C’est le jour et la nuit, surtout dans un stade comme à Lens, où c’est un des plus beaux publics de France. Et en termes de performances, ça se ressent clairement. Lens est quand même une équipe qui joue la montée en Ligue 1 et face à Orléans, qui est lanterne rouge, ça a été extrêmement poussif. Je suis persuadé qu’avec le public habituel, il y aurait eu plus d’intensité et le spectacle aurait été meilleur sur la pelouse."

Si sur le terrain, le huis clos se fait sentir, c’est aussi le cas dans la cabine du commentateur qui doit s’adapter dans sa prise de parole. Emmanuel Barth nous raconte qu’instinctivement, il a plutôt cherché à meubler, bien qu’il n’ait pas plus préparé le match que d’habitude :

"J’avais tendance, de manière naturelle, à vouloir combler ce vide. Tu peux laisser parler les images en temps normal, tu as toujours une ambiance, sauf que là, quand tu arrêtes de parler, il n’y a rien. Tu entends les joueurs et les entraîneurs, les échanges avec l’arbitre, mais uniquement sur les phases arrêtées. Sur les phases de jeu, si tu arrêtes de parler, c’est le vide total, donc j’avais tendance à être très descriptif."

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Quant à l’unique but, sur penalty, de la rencontre, Emmanuel Barth assure l’avoir "commenté de la manière la plus normale. Je ne pourrais pas laisser vivre, me taire. Il faut faire vivre le match pour ceux qui sont devant la télé."

Éric Huet sera aux commentaires ce soir sur RMC Sport pour le fameux match retour entre le PSG et Dortmund : "Forcément, un huis clos ce jour-là, pour le match le plus important de la saison du PSG que tous les supporters attendaient, c’est quelque chose qu’on ne voulait pas souhaiter." Il pourra se reposer ce soir sur son acolyte Éric Di Meco, qui a déjà commenté des matches à huis clos (Éric Huet avait, lui, déjà commenté un match de Bastia sur terrain neutre). Il compte donc sur l’expérience de son consultant, mais ne prépare pas plus le match que d’habitude :

"Je sais qu’on ne peut pas être aussi bavards que d’habitude, car il y a des moments où il va falloir s’effacer, de manière intelligente, pour écouter ce qu’il se dit sur la pelouse. Il faudra prêter l’oreille pour savoir ce qu’il se dit autour de l’arbitre, écouter également les entraîneurs et ce qu’ils ont à dire, on essayera d’être attentifs à tout cela. On doit s’inviter sans être gênants par rapport à ce qu’il se passe sur la pelouse, il faut entendre ce qui dit Neymar ou Di María."

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Mais, contrairement à Emmanuel Barth, Éric Huet compte laisser vivre les buts, pour que le téléspectateur entende les célébrations des joueurs :

"Tu n’es pas obligé de forcer sur la voix car il n’y a pas de public, mais il faut trouver la meilleure approche, est-ce qu’on laisse exploser de joie les joueurs ? Je pense que oui."

Ce soir, des ultras d’Auteuil devraient être présents aux abords du stade pour donner de la voix et pousser leur équipe malgré le huis clos. Éric Huet compte sur eux aussi pour faire du bruit : "J’ai écouté le match mardi soir entre Valence et l’Atalanta, on entendait bien les fans qui étaient en dehors du stade et j’ose espérer que ça sera pareil ce soir." 

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Par Lucie Bacon, publié le 11/03/2020