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Pourquoi, en 2021, la jeunesse entretient-elle un rapport conflictuel au sport ?

Publié le

par Ana Corderot

© Unsplash

En temps de Covid-19, la démotivation gagne certain·e·s. Pour d’autres, se défouler est le seul moyen de ne pas perdre pied.

Frappée par la crise sanitaire, la jeunesse se retrouve dans une situation de grande précarité et de détresse psychologique. France Inter et Konbini se mobilisent pour lui donner la parole, mais aussi pour apporter des solutions et valoriser les initiatives solidaires.

À un âge où le temps est censé passer vite, où les rencontres et sorties sont multiples, où l'amitié et l'amour sont simples et entraînants, la crise actuelle est venue écraser les repères de cette étape cruciale qu’est la vie étudiante. Dans cet agrégat de restrictions, de fermetures des lieux culturels et sportifs, les moyens de s’évader loin des études se font de plus en plus rares. 

Pour sortir de ce quotidien déstabilisé et déstabilisant, les activités qui permettent de respirer sont les bienvenues. Parmi elles, le sport joue un rôle prépondérant dans notre bien-être. S’accorder ne serait-ce que dix minutes par jour pour s’aérer le corps et l’esprit est nécessaire, d’autant plus en ces périodes suffocantes. 

Pour autant, chez les étudiant·e·s, le rapport à la pratique sportive est de plus en plus ambivalent. Afin de s’en rendre compte, Mathilde, Jeanne, Laurine et Loïc ont accepté de nous dévoiler leurs ressentis. 

Le début de l’apathie et de la démotivation

Mathilde, 23 ans, en mission humanitaire en Serbie.

"Pour moi, le premier confinement a eu un effet vraiment positif sur ma pratique sportive. Courir, c’était le moment où je pouvais sortir, m’aérer l’esprit. Grâce à ça, j’ai vraiment appréhendé de nouvelles manières de faire du sport : via des vidéos de fitness inspirantes, comme celles de Sissy Mua. Pour la première fois en 23 ans, j’ai acheté un tapis de sol [rires]. Ce fut une assez bonne surprise, car j’ai vraiment bien aimé ça.

L’été déconfiné, la vision de l’épidémie qui n’en finit pas, couplée à l’absence de perspective, ça m’a totalement démotivée.

L’arrivée du mauvais temps n’a rien arrangé. Maintenant, je n’ai plus l’envie ni même l’idée de faire du sport. En fait, je ne ressens quasiment pas le besoin de me défouler, c’est très particulier. Je faisais du sport pour me vider la tête et cela me procurait un regain d’énergie, maintenant, j’ai une flemme générale qui a pris le dessus. Peu de choses sont stimulantes en ce moment. J’ai vraiment eu un gros revers de la médaille."

Une motivation fluctuante 

Jeanne, 22 ans, étudiante en master 1 Science politique à Lyon 2.

"Ayant toujours fait beaucoup de sport, notamment de la gymnastique à haut niveau, j’ai réussi durant le premier confinement à garder un rythme régulier. J’étais chez mes parents, à la campagne, et les conditions étaient réunies pour que je m’entraîne quasiment tous les jours : soleil de printemps, espace vert, famille, amis et peu de cours. Tout était beaucoup plus simple et encourageant, ça me boostait.

Je faisais principalement des exercices de fitness, appris durant mes années d’entraînements. Je donnais même des cours à ma mère et à mes voisins. À la rentrée de septembre, les choses étant revenues dans l’ordre, j’ai pu reprendre des cours de boxe. Mais les salles d’entraînement ont fermé avec le second confinement et je suis restée dans mon appartement. Le mois de décembre, avec son lot de froid et de partiels, est arrivé. Déprime, énervement et fatigue : je n’avais le goût à rien.

Rester assise devant mon ordinateur et ne pas voir la lumière du jour n’a fait qu’empirer ma sensation de lassitude.

Le couvre-feu n’a rien arrangé, puisque, lorsque je sors, c’est pour faire mes courses en trombe. Pourtant, je garde espoir, le second semestre vient de commencer, j’essaie tant bien que mal de retrouver une routine. Mais je sens au fond que ma motivation n’est plus la même qu’avant."

Le sport en groupe, une alternative absente

Laurine, 22 ans, en licence professionnelle des Métiers du notariat, Clermont-Ferrand.

"Pendant le premier confinement, j’ai fait beaucoup de sport car j’étais chez mes parents et que mes amis étaient là. Je ne suis pas quelqu’un de très sportive de base, mais tous autour de moi en ont beaucoup fait : foot, rugby ou musculation. J’avais donc un coaching particulier et c’était vraiment un plaisir d’en faire. C’était comme un rendez-vous quotidien qui réglait et coupait mes journées.

Faire du sport seule m’est trop difficile, je ne suis pas inspirée.

Par contre, à partir du second confinement, ça n’a plus été la même. J’ai eu énormément de cours et en plus j’étais en appartement. Je n’ai alors plus eu aucune motivation. Pas vraiment d’envie, ni le temps. Faire du sport seule m’est trop difficile, je ne suis pas inspirée et je m’arrête trop rapidement."

Le sport comme exutoire

Loïc, 23 ans, en master de recherche en Histoire de l’art, université Auvergne-Rhône Alpes.

"Le retour chez mes parents lors du premier confinement a été très difficile, mais, paradoxalement, ça m’a permis de vraiment me motiver pour respirer. Ayant fait du rugby pendant une dizaine d’années, j’ai retrouvé goût aux entraînements et les sensations que me procurait une bonne séance de sport. L’été est arrivé, et comme c’est fait pour bronzer et se relaxer, j’avoue ne rien avoir entrepris [rires].

En allant courir, je m’évade et quitte, l’espace d’un instant, mon quotidien déroutant.

Depuis le couvre-feu et le deuxième confinement, je m’y suis remis. Assez bizarrement, je fais beaucoup plus de sport que les autres années. Étant donné qu’il y a très peu de choses à faire, ça me fait passer le temps. En allant courir, je m’évade et quitte, l’espace d’un instant, mon quotidien déroutant."

Le verdict est quasi unanime : pour les étudiants, il est de plus en plus difficile de trouver l’envie et le temps. Néanmoins, la crise sanitaire leur a fait appréhender de nouvelles manières de faire du sport. Si, pour beaucoup, cet engagement sportif a disparu, un besoin dévorant d’avancer à grands pas vers un avenir meilleur se fait sentir.

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