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Faux billets, gaz lacrymo et fiasco dans la gestion des supporters : que s'est-il passé au Stade de France avant la finale de la Ligue des Champions ?

Publié le

par Konbini Sports

"C'est très mal organisé", lâchait samedi soir anonymement un agent de sécurité.

Faux billets, gaz lacrymo et fiasco dans la gestion des supporters : que s'est-il passé au Stade de France avant la finale de la Ligue des Champions ?

Photo by Thomas COEX / AFP

Chaos et frustrations : les forces de l'ordre ont été débordées, samedi aux abords du Stade de France, par l'afflux de dizaines de milliers de supporters et des tentatives d'intrusion de personnes sans billet rêvant d'assister à la finale de Ligue des champions Liverpool-Real Madrid (0-1), mais aussi pas une très mauvaise organisation des autorités, qui en France, depuis des mois, multiplient interdictions de déplacement et mesures liberticides. Alors forcément, quand arrive le moment d'organiser de gros événements et de gérer des flux de supporters, on ne sait plus faire. 

Gaz lacrymogènes, tentatives d'intrusion en escaladant des barrières, foules amassées et impatientes... Après avoir longtemps été bon enfant, l'ambiance s'est brusquement crispée à l'approche du match.

"Je suis arrivé jusqu'aux escaliers (du stade), après un policier m'a ramené directement" en dehors de l'enceinte. Mais "je vais réessayer pour regarder le match, c'est mon rêve", expliquait vers 22h00 Yacine, 30 ans, tout juste refoulé du stade. "Les places coûtaient 2.000 euros, jusqu'à 3.000. Si c'était 600 euros, j'en aurais pris une", ajoutait ce jeune homme ayant escaladé une première fois la barrière, se présentant comme chauffeur de profession.

Cette pagaille a contraint les organisateurs à retarder le coup d'envoi de plus de trente minutes et a considérablement frustré des spectateurs qui avaient payé leurs billets, mais ont manqué toute la première mi-temps.

"Ton billet ne passe pas", déclare ainsi un agent de sécurité à une jeune femme qui attend devant les grilles, sous les yeux d'une journaliste de l'AFP. Cette femme n'est autre que la championne olympique 2016 de boxe Estelle Mossely. "Le billet ne passe pas, c'est n'importe quoi, ça fait une heure que j'attends", s'énerve-t-elle.  Elle pourra finalement entrer, quelques minutes avant la fin de la première mi-temps.

Pour expliquer ce chaos, l'UEFA a avancé que l'accumulation de spectateurs "a été provoquée par des milliers de spectateurs munis de faux billets".

Intrusions et faux billets

La sortie du Stade de France des supporters du Real, peu avant minuit, s'est déroulée dans le calme, ponctuée par les chants et des accolades de supporters fiers de leur équipe et de son 14e trophée.

Silvia Romera, commerciale de 51 ans dans une banque madrilène sort tout sourire du Stade de France, écharpe au cou, "super heureuse": "Le Real est le meilleur club du monde !", lance-t-elle, avant de filer directement à l'aéroport Charles-de-Gaulle avec son mari et son patron pour prendre l'avion du retour. Une demi-heure plus tôt, les supporters des Reds étaient sortis, abattus et silencieux, s'empressant de rejoindre les transports en commun et leur voiture.

Tout avait pourtant débuté dans une ambiance festive et très bon enfant, sous le grand soleil d'un Paris printanier : habillés des maillots des "Reds" ou de tuniques blanches madrilènes, des dizaines de milliers de supporters déferlaient tranquillement dans la capitale française, invités à rejoindre des "fan-zones" distinctes.

Mais à moins d'une demi-heure du début du match, l'ambiance s'est tendue quand au moins un millier de supporters ont été ralentis avant de pouvoir entrer, contenus par les gendarmes. Enervés, ils criaient "open the gate" ("ouvrez le portail"), alors que les supporters ne pouvaient passer qu'un à un. Puis de véritables intrusions ont mis à mal le dispositif. 

Des gaz lacrymogènes commençaient à être lancés pour empêcher quelques dizaines de jeunes d'escalader agilement les barrières, a constaté une journaliste de l'AFP.  Agents de sécurité et gendarmes se lançaient à leur poursuite, pour les faire aussitôt ressortir. "C'est très mal organisé", lâchait anonymement un agent de sécurité.

Ce jeu du chat et de la souris s'est poursuivi, même une fois le match commencé. Et peu avant 22h00, les forces de l'ordre ont dû charger, provoquant un mouvement de foule. De quoi mettre en colère des supporters de Liverpool, restés dehors, bien que munis de billets. Certains, dont des familles, auraient également été gazées, selon des journalistes présents sur place

La finale initialement prévue à Saint-Pétersbourg avait été délocalisée au Stade de France, à la suite de l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février. Mais les autorités n'ont bénéficié que de trois mois pour préparer l'événement au lieu de dix-huit, délai prévu dans le cahier des charges de l'UEFA.

6 800 policiers déployés

Par précaution, la Préfecture de police avait déployé 6.800 policiers, gendarmes et pompiers.  Car Paris n'avait pas vu autant de supporters de football depuis l'Euro-2016, dont 20.000 "fans" des Reds détenteurs d'un billet pour la finale, le même contingent que celui attribué à Madrid.

Marqués au fer rouge par le drame du Heysel en Belgique - 39 morts en 1985 - les supporters de Liverpool n'ont aujourd'hui plus une réputation de hooligans vraiment problématiques.  

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Quelque 6 000 supporters du Real Madrid ont été invités à se rassembler non loin du Stade, dans un parc à Saint-Denis, tandis qu'une marée rouge compacte d'au moins 30 000 supporters de Liverpool, sans billets, avait investi une zone spécialement aménagée sur une avenue de l'est de Paris.

Dans l'après-midi, la Place de la Nation s'est ainsi retrouvée nimbée de fumée rouge et submergée par les chants, dans la plus pure tradition du mythique stade d'Anfield de Liverpool. Rien à voir avec la tristesse de l'après-match dans la fan zone de Liverpool. "Nous avons bien joué, mais le gardien (du Real) a plié le match", a déclaré Sital Joshi, 53 ans entrepreneur de Londres. "C'est très triste, mais on reviendra".

Konbini Sports avec AFP

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