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En ligne ou sur les terrains, le fléau du racisme continue de proliférer dans le foot

Publié le

par Tidiany M'Bo

© Capture d’écran RMC

Les discriminations ne faiblissent pas et les sanctions ne sont pas toujours au rendez-vous.

En plein déchirement autour des questions de Super Ligue et autres considérations pécuniaires, l’Europe du foot n’est pas pour autant épargnée par ses vieux démons. Depuis le début de la saison, et en dépit de tribunes fermées depuis plusieurs mois pour cause de crise sanitaire, la question du racisme continue d’agiter le football, ses acteurs et ses suiveurs. "Le phénomène raciste dans le sport et dans le foot en particulier, n’existe pas, ou peu", déclarait pourtant en septembre dernier le président de la Fédération française de football (FFF) Noël Le Graët, au micro de BFM Business. Malheureusement, cette saison encore, les faits n’ont pas donné raison au dirigeant français.

Non, le terrain n’est pas épargné

Il y eut d’abord cet incident très médiatisé autour du match de Ligue des champions PSG-Istanbul Basaksehir, au mois de décembre. Une rencontre interrompue à l’initiative des joueurs, suite à des propos tenus par le quatrième arbitre roumain à l’encontre du Camerounais Achille Webo, entraîneur adjoint du club turc.

L’affaire avait fait grand bruit, mais les sanctions finalement prises par l’UEFA quelques semaines plus tard évoquent un "comportement inapproprié" et non des infractions aux articles du règlement sur les comportements discriminatoires. L’arbitre concerné, Sebastian Coltescu, a été suspendu jusqu’à la fin de saison et ses collègues simplement réprimandés.

Plus récemment, c’est le Français Mouctar Diakhaby qui aurait été la cible d’insultes de la part d’un adversaire, lors d’une rencontre de Liga entre son club de Valence et Cadix. L’incident avait poussé Diakhaby et ses coéquipiers à quitter le terrain durant quelques minutes, suite à des propos ("Noir de merde, va pleurer") tenus par Juan Cala à l’encontre de l’ancien Lyonnais.

Propos dont l’Espagnol s’est défendu… avant d’être blanchi quelques semaines plus tard, faute de preuves. "Il n’y a pas de racisme dans le foot espagnol", avait-il ajouté lors d’une conférence de presse durant laquelle il s’était justifié sur cet incident. De son côté, le club valencien, par l’intermédiaire de son président Anil Murthy, avait déploré "qu’aucun club espagnol ne se soit prononcé pour soutenir la déclaration de Valence", qui avait publiquement fait bloc autour de son joueur.

Les incidents à l’échelle locale continuent d’exister mais les compétitions régies par l’UEFA ne sont pas épargnées. Quelques mois après PSG-Basaksehir, c’est un 8e de finale de Ligue Europa entre les Glasgow Rangers et le Slavia Prague qui a été le théâtre de dérapages. "Mon joueur me dit qu’il a été victime d’une insulte raciste", avait d’abord dénoncé le coach des Rangers, Steven Gerrard, après la rencontre. Le joueur en question, Glen Kamara, s’était retrouvé au cœur d’une altercation en fin de match avec des Tchèques. "Je suis en colère. Je connais Glen, je lui fais confiance à 100 %."

Ondrej Kudela, soupçonné d’avoir glissé à l’oreille de Kamara, "tu es un singe, tu es un putain de singe et tu sais que tu l’es", a finalement été sanctionné de dix matches de suspension par l’instance européenne. Un verdict qui fait figure d’exception depuis l’instauration du règlement disciplinaire de l’UEFA instauré en 2013.

"Les sanctions pour racisme pourraient mener à ce que nous interdisions [les joueurs coupables, ndlr] de jouer nos compétitions", a récemment affirmé le président de l’instance européenne, Aleksander Ceferin, interrogé par CNN Sport le 23 avril dernier. "Beaucoup de monde dit 'vous vous contentez de les sanctionner'. Que pouvons-nous faire ? Nous avons besoin d’aide de la part des gouvernements, de la société", s’est-il justifié.

Pour rappel, la Fifa avait, de son côté, dissout en 2016 son groupe de travail dédié au racisme. Sa secrétaire générale, Fatma Samoura, estimant que cette task force avait "atteint des objectifs" et "rempli pleinement sa mission".

Le fléau des insultes en ligne

En ces temps de tribunes fermées, les réseaux sociaux constituent plus que jamais le terrain d’expression des fans, mais aussi de leurs excès. "Au cours des derniers mois, tant à l’échelle nationale qu’internationale, un certain nombre d’incidents racistes très médiatisés ont été commis contre des joueurs", écrivait déjà en 2019 l’Association des footballeurs professionnels au Royaume-Uni (PFA).

En France, la ligue de football professionnel (LFP) a également pointé du doigt le phénomène et assure que des réunions avec Twitter France et Facebook France ont été tenues pour tenter d’y remédier. "Entre octobre et décembre dernier, nous avons pris des mesures contre des millions de contenus au discours haineux, dont plus de 95 % ont été supprimés avant même d’être signalés", s’était alors justifié Laurent Solly, vice-président Facebook pour l’Europe du Sud.

Des initiatives qui ne suffisent pas à endiguer l’essor des contenus haineux et discriminatoires. Tant et si bien que face à l’inaction des gouvernements à contraindre les géants du numérique à plus d’efficacité dans leur modération, les clubs anglais ont annoncé le lancement d’une campagne de boycott.

"En réponse aux abus discriminatoires continus et soutenus reçus en ligne par les joueurs et de nombreuses autres personnes liées au football", les clubs anglais observeront donc un black-out des réseaux sociaux entre le vendredi 30 avril et le mardi 4 mai, en signe de protestation. "Il est urgent que ces entreprises fassent davantage pour éliminer la haine raciale en ligne", a rappelé à cette occasion Richard Masters, président de la Premier League, alors que Kyle Walker, Trent Alexander-Arnold, Anthony Martial, Marcus Rashford, Reece James et bien d’autres joueurs ont été récemment victimes de ce type de propos.

Thierry Henry a quant à lui choisi de quitter tout bonnement les réseaux sociaux à la fin du mois de mars. "Le volume considérable de racisme, d’intimidation et de torture mentale qui en résulte pour les individus est trop toxique pour être ignoré, s’est expliqué le Français. Jusqu’à ce que cela change, je désactiverai mes comptes sur toutes les plateformes sociales."

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