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Sur le rocher | Mino : "En fait, je fais partie des meilleurs"

Publié le

par Abdallah Soidri

"Je veux un titre de champion du monde."

Sur le rocher | Mino : "En fait, je fais partie des meilleurs"

© AS Monaco

De ses premières parties sur PES 5 à son titre de champion de France sur FIFA 18, Mino, joueur de la section esports de l’AS Monaco, retrace le fil de sa vie en se remémorant les matches à tabasser tout le monde à la maison et la découverte du monde pro. Le Lyonnais d’origine nous dévoile aussi ses méthodes d’entraînement, loin des clichés, et affiche fièrement son ambition, celle de devenir "champion du monde". Entretien.

"J’ai commencé sur une PlayStation 2, que mon frère m’avait achetée. Avant, j’étais plus jeux d’aventure et moins jeux de foot. Le premier auquel j’ai joué, celui qui m’a fait basculer dedans, c’est PES 5. J’avais 7 ans. Je kiffais ça, je jouais matin, midi et soir. Même pour aller me doucher, c’était compliqué, il fallait que je finisse mon match d’abord.

"C’est à partir de là que j’ai su que je n’étais pas mauvais aux jeux de foot"

À l’époque, il n’y avait pas de réseau comme maintenant, donc je jouais contre mon frère, mes cousins et des amis. Ils perdaient à chaque fois. Ils devenaient fous. Ils pensaient souvent que je trichais, alors ils regardaient si je n’avais pas mis 99 partout à tous mes joueurs. Je me rappelle, une fois, ils ont mis tous mes joueurs avec les flèches vers le bas pour voir si j’allais faire le malin. J’ai joué comme ça et je les ai quand même battus. C’est un moment qui restera gravé, parce qu’ils n’ont pas compris comment je faisais. C’est à partir de là que j’ai su que je n’étais pas mauvais aux jeux de foot.

Je me rappelle aussi, il y avait un joueur vraiment fort qui habitait pas très loin de chez moi. Tout le monde me parlait de lui. Et j’aime tellement me mesurer aux meilleurs que j’ai tout fait pour l’affronter. Mon frère l’a ramené à la maison, et, je vais être honnête, il m’a plié en deux. Je n’ai pas lâché : j’ai continué à m’entraîner, et après quelques mois, j’ai réussi à prendre l’avantage.

J’ai été sur PES jusqu’à l’édition 2011, avant de switcher sur FIFA avec le 12. À l’époque, je ne jouais que pour le plaisir et pour m’amuser. À partir de FIFA 15, j’ai commencé à être classé parmi les meilleurs joueurs mondiaux. Dans mon entourage, on me disait que je pouvais participer à des tournois, remporter le championnat de France et même être payé pour ça. Mais ça ne m’intéressait pas trop, parce que je ne pensais pas avoir le niveau. Puis une année, je me suis inscrit au championnat de France et j’ai réussi à aller jusqu’en finale. Là, j’ai signé un contrat et l’aventure a vraiment commencé.

"Il y avait la place d’intégrer une équipe et être payé"

Je savais que c’était un métier parce qu’il y avait des équipes comme le PSG qui se sont lancées assez tôt. Je savais qu’il y avait de la place pour intégrer une équipe et être payé, mais c’était très loin dans ma tête. Je savais que j’étais fort, mais je ne pensais pas avoir le niveau des meilleurs. Quand je suis allé à Paris pour jouer la eLigue 1 sur BeIn Sports, je suis devenu champion de France d’une saison sur FIFA 18, et, là, j’ai réalisé. J’avais l’habitude de me dire que les mecs étaient trop forts, que je n’avais pas leur niveau, mais en fait, je fais partie des meilleurs.

Beaucoup de personnes pensent que les joueurs pros FIFA ou d’autres jeux passent leur temps à jouer, mais c’est faux. Certains ne jouent pas pendant des semaines, d’autres jouent rarement et tu en as qui jouent énormément. Personnellement, avant un tournoi, je vais m’entraîner pendant 10 à 15 jours, je ne vais pas sortir et jouer jusqu’à trois, quatre heures par jour. Ce n’est rien du tout, c’est normal. Mais quand il n’y a pas de tournoi, ça peut m’arriver de passer deux heures par semaine, une ou deux heures par jour ou même de ne pas jouer pendant trois jours… Tout dépend des tournois et du calendrier de la saison. Le moment où on joue le plus, c’est quand le jeu sort, parce qu’on a envie de connaître le jeu par cœur. Je peux faire 1 000 matches en un mois, enchaîner sept heures de jeu par jour sans m’arrêter. Une fois que j’ai le jeu en main, je n’ai plus besoin de passer autant de temps dessus.

"Les Allemands sont connus pour maîtriser le jeu à la perfection"

[Sur ses méthodes d’entraînement] J’enregistre mes matches. Je regarde surtout les défaites et les rencontres où je pense que je peux m’améliorer dans la finition et dans la création d’occasions. Il y a des matches que je perds, et dans ma tête, je me dis que je ne pouvais pas faire mieux. Alors qu’en fait, en le visionnant, je me rends compte qu’à certains moments, j’aurais dû faire une passe de plus, tirer de l’autre côté, pas centrer mais plutôt dribbler… Ça me permet de corriger mes erreurs. Mais un truc que je fais beaucoup, c’est de jouer avec des joueurs pros étrangers, notamment les Allemands, qui sont connus pour maîtriser le jeu à la perfection (les bugs). Ainsi, je peux voir tout ce qui marche dans FIFA.

"Le mental et la confiance en soi, c’est ce qui fait la différence entre les champions et les très bons joueurs"

[Sur la différence de niveau entre les joueurs] On est pratiquement tous au même niveau. On a tous nos points forts et nos points faibles, mais ce qui fait la différence pour gagner des titres — j’ai réussi à en gagner deux —, c’est le mental. Quand j’ai été champion de France sur FIFA 18, j’ai gagné mon quart de finale contre le joueur du PSG DaXe, qui était numéro 1 français et bien classé mondialement. Je n’étais pas connu, je n’étais personne. En fait, la pression a fait que j’ai joué de manière libérée. En finale, j’ai fait quelque chose qui m’a fait gagner le match. En l’expliquant, on peut penser que c’était un risque de fou, alors que non. Je menais 2-0, mon adversaire revient à 2-2. On va en prolongation. Je vois qu’il s’améliore à mesure que le match avance, il est à deux doigts de marquer le troisième but. On est à la centième minute dans la prolongation, et je me dis que je ne vais pas chercher à marquer un but, mais plutôt à aller jusqu’aux tirs au but. J’ai gardé la balle jusqu’à arriver à la séance et j’ai gagné. C’est le mental et la confiance en soi. Et c’est ce qui fait la différence entre les champions et les très bons joueurs.

Une carrière d’e-sportif sur FIFA dure jusqu’à 28 ou 29 ans maximum, pour les bons joueurs, ceux qui se la donnent. Personnellement, je me vois encore pro pendant encore trois ou quatre ans maximum. J’ai encore tellement de choses à gagner et à prouver au monde entier. J’ai déjà fait partie des meilleurs joueurs mondiaux, j’ai été deux fois champion de France, je joue en sélection depuis quatre ans, mais ce n’est pas assez. Je ne me repose pas sur mes acquis, je veux toujours plus. Je veux un titre de champion du monde. C’est loin d’être fini pour moi."

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