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Yannick de Koh-Lanta : "L’essentiel n’est pas de participer, mais de gagner"

Publié le

par Abdallah Soidri

"D’un point de vue individuel, je suis déçu de moi. J’aurais dû être plus performant."

Yannick de Koh-Lanta : "L’essentiel n’est pas de participer, mais de gagner"

© A.ISSOCK/ALP/TF1

Qu’on se le dise : Yannick a été un de nos coups de cœur de cette saison de Koh-Lanta. Le basketteur professionnel a su fédérer autour de lui, et pas que dans les équipes dans lesquelles il est passé (les violets et les jaunes), grâce à son caractère posé sur le camp et compétiteur dans les épreuves (malgré un manque de réussite en individuel).

Le joueur du Cannet a fait les frais d’une nouvelle malédiction, de la paranoïa des ex-rouges et des stratégies bancales de part et d’autre. Sans regret, il revient sur son aventure, qui aurait pu être mieux, et parle aussi de sa grande passion, le basket. Entretien.

Konbini sports | Après ton élimination, on t’a vu très ému. Tu peux nous raconter ce qu’il se passe dans ta tête à ce moment-là ?

Yannick | Quand je réalise que c’est la fin, j’ai un sentiment d’acceptation de mon élimination. Toute la pression redescend. Pendant l’aventure, je m’étais conditionné pour ne pas penser à la famille et aux amis jusqu’à la fin du jeu. Je les avais mis dans un coin de ma tête, mais la journaliste en face de moi a mis le doigt sur le point sensible, en parlant de ma mère. Tout est remonté. Je me demandais si je l’avais rendue fière, si mes proches allaient être déçus. Ils savent à quel point j’aime gagner et comment je me donne les moyens pour y arriver. Mais sur les dernières épreuves, ça n’a pas été le cas.

Dans ton aventure, tu as montré une certaine dignité dans tes échanges avec tes camarades, même quand c’était un peu houleux. C’est une constante chez toi ou le fait de se savoir filmé a joué dans ta manière de te comporter ?

Je suis différent sur un terrain de basket, où je suis plus chaud et plus alerte. On l’a vu sur les épreuves durant lesquelles j’ai un comportement et un langage corporel tout autre. Dans la vie de tous les jours, j’essaie d’avoir ce côté réfléchi et posé, de ne pas être pris par l’émotion. En plus, je suis grand, costaud et avec une voix qui porte, donc les gens peuvent se dire en me voyant que si je m’énerve, ce n’est pas la même chose. Tout est accentué quand on est scrutés par des millions de téléspectateurs. C’est quelque chose que j’avais en tête.

N’y a-t-il pas eu des moments où ç’a été plus dur d’être dans la maîtrise des émotions ?

Il y a eu des moments un peu plus difficiles sur le camp. Mais on est dans un environnement hostile, avec le froid et la faim, donc toutes les émotions sont décuplées. Tout est matière à péter un plomb. Beaucoup font référence à mon explication avec Olga et Colin. Quand ils me parlent, ça ne me fait pas plaisir, mais il y a des vérités, et je suis en permanence dans une démarche de remise en question.

Le moment où j’aurais pu dégoupiller, c’est lors du conseil, quand Olga donne son ressenti. C’était difficile à vivre. J’aurais pu m’énerver de manière plus visible et expressive. Mais ce n’était pas le sentiment qui prédominait. J’étais plus blessé qu’en colère. Par la suite, j’ai pu avoir une explication avec Olga, et on a désamorcé l’affaire.

"Je devais être en forme pour mon sport, pas pour mon aventure"

Quel bilan tires-tu de ton aventure, sur le plan collectif et individuel ?

C’est deux salles deux ambiances. Collectivement, on a pu voir que l’équipe jaune était plus forte — on a plus de victoires que les rouges — et j’ai pu apporter dans certaines épreuves. D’un point de vue individuel, je suis déçu de moi. J’aurais dû être plus performant. Je pense que certaines épreuves sont faites pour nous, d’autres moins. Je n’ai pas eu d’épreuves dans lesquelles exprimer tout mon potentiel physique. Et on peut le voir dans le teaser [de l’épisode suivant son élimination, ndlr], il y a le parcours du combattant, l’épreuve que j’attendais.

Qu’est-ce que tu changerais dans ta préparation, si tu devais refaire Koh-Lanta ?

Déjà, je me préparerais [rires]. Je n’ai pas pu avoir de préparation spécifique pour Koh-Lanta. Je bossais l’été et en août j’étais avec ma sélection. Je devais être en forme pour mon sport, pas pour mon aventure. On le sait, il faut être complet pour Koh-Lanta. Il faut se mettre dans des conditions très différentes de celles du quotidien, pas uniquement faire une séance de sport. Ça demande beaucoup plus et un entraînement spécifique à certaines épreuves.

Je ne pense pas que j’y retournerais en étant moins costaud, parce que ça m’a quand même bien aidé, notamment sur l’épreuve d’immunité de la torche avec les jaunes. Elle pesait un certain poids, donc si je n’avais pas le gabarit qui est le mien, je ne l’aurais pas levée. Je pense donc que je garderais le même morphotype, en rajoutant certaines options. Je pimperais mon corps. [rires]

Quelles options, par exemple ?

En natation, j’apprendrais le rétro pédalage, parce que je n’ai jamais entendu parler de ça [rires] ; et la respiration dans l’eau, parce qu’elle est totalement différente de celle qu’on a quand on court. Et travailler la résistance sur les petits muscles, comme ceux de l’épaule, un petit groupe qui brûle très vite. Plus on est musclé, plus on crame de la patate très vite.

"Je n’avais rien à perdre, rien à gagner"

Pourquoi se lancer dans Koh-Lanta, quand on connaît déjà l’exigence et les sacrifices du sport de haut niveau ?

J’ai toujours voulu faire Koh-Lanta, j’ai grandi avec l’émission. Pour moi, c’est sortir de sa zone de confort. Je suis un citadin, parisien, banlieusard, d’origine, je pars en vacances à New York ou Los Angeles, des grosses villes. J’ai besoin d’un certain confort. Mes proches me voient comme une personne forte physiquement et mentalement. Là, c’était le test parfait pour savoir de quoi j’étais capable. Puis, le Covid a accéléré les choses : je sortais d’une saison blanche, je me suis dit "Postule". Je n’avais rien à perdre, rien à gagner. Ça marche, c’est cool, ça ne marche pas, il me reste le basket.

Tu es allé dans Koh-Lanta avec l’ambition de gagner le jeu ou tu t’étais fixé d’autres objectifs ?

Je me sens presque vexé par la question. [rires] Je suis un compétiteur. Même sur des jeux avec ma fille, je ne la laisse pas gagner. C’est un état d’esprit que je cultive. Je suis parti pour gagner Koh-Lanta, en tout cas, pas pour faire de la figuration. L’esprit Pierre de Coubertin, ce n’est pas pour moi. L’essentiel n’est pas de participer. Je veux gagner.

Parlons basket maintenant, ton sport. Raconte-nous comment tu es tombé dedans.

Le basket, c’est toute ma vie. Ça l’a toujours été, dès ma naissance. Mon père y jouait, mes frères y jouaient. C’est le sport numéro un dans mon pays d’origine [République de Centrafrique, ndlr]. Je savais très tôt que j’allais en faire un métier. C’est un sport d’intelligence, d’adresse, qui requiert des qualités athlétiques, un sport avec des valeurs humaines. Il a fortement contribué à forger l’homme que je suis aujourd’hui. Je me suis donné les moyens pour réussir et j’y suis parvenu.

"Chris Paul est trop fort, il mérite une bague"

J’ai eu une belle carrière, mais elle n’est pas finie. Mais j’arrive à un moment de ma vie où je ressens le besoin de désaxer les priorités, notamment par rapport au coaching. Je passe mon temps à regarder du basket (NBA playoffs, Final Four en Euroligue), j’entraîne des joueurs, je suis encore international, un cadre de l’équipe. Le basket reste et restera important.

Tu as parlé de NBA et d’Euroligue. Pour toi, quelle est ta préférence entre les deux, dans le style de jeu ?

Un mélange des deux. En Euroligue, il y a moins d’espace, ça nécessite des systèmes huilés, de la clairvoyance et une lecture de jeu importante. Mais mon idole, c’est Allen Iverson. En un contre un, il est injouable. Montrer à son adversaire que tu es meilleur que lui, prendre l’ascendant technique et psychologique, il incarne tout ça.

Pour moi, le parfait prototype, qui allie les deux jeux, c’est Luka Doncic. À 18 ans, il était MVP d’Euroligue. Et quand il arrive en NBA, il annonce que c’est plus facile de marquer, car il y a plus d’espace. Il score quand il veut, il joue à son rythme, fait jouer ses coéquipiers et a une lecture de jeu folle. C’est le basket que j’aime voir et pratiquer.

Je vais demander de te mouiller maintenant : quels sont tes pronos pour la fin de saison, en Euroligue et en NBA ?

En Europe, je vais dire l’Efes Istanbul, parce qu’il y a mon pote Adrien Moerman. En NBA, j’aimerais bien une nouvelle finale Phoenix Suns-Milwaukee Bucks, avec une bague de champion pour Chris Paul au bout. Il est trop fort, il mérite.

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