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"Toutes les belles choses ont une fin" : entretien avec Maxine, la gagnante de Koh-Lanta

Publié le

par Abdallah Soidri

© A.ISSOCK/ALP/TF1

"Les jaunes n’ont rien contre moi".

Au terme d’une aventure maîtrisée de bout en bout, Maxine est venue à bout de ses démons en remportant la saison des armes secrètes de Koh-Lanta. Rarement inquiétée, l’ancienne gymnaste a fait forte impression tant sur les épreuves (4 victoires en individuel) que dans la stratégie, et peut se targuer d’une victoire méritée à l’issue du dernier vote.

Une semaine plus tard, la journaliste sportive, qui "n’a jamais été aussi bien", a pris le temps de revenir sur son aventure. De son amitié avec Laure aux critiques sur cette saison, en passant par la santé mentale des sportifs et les JO de Paris en 2024, on a brassé large. Entretien.

Konbini Sports | Tout d’abord, comment ça va depuis la finale ?

Maxine | Je n’ai jamais été aussi bien. Je me sens très apaisée et heureuse. C’est une des périodes de ma vie où je me sens le mieux. Cette victoire est un accomplissement total. Je me suis enfin libéré d’un poids qui me pesait depuis la fin de ma carrière de sportive. Et dans le même temps, je suis un peu nostalgique car l’aventure était très belle. Mais toutes les belles choses ont une fin.

Avec ton expérience de sportive de haut niveau, quelles différences vois-tu entre les compétitions que tu as connues et Koh-Lanta ?

C’est très sportif Koh-Lanta, et c’est pour ça que j’y suis allée, pour me prouver que je valais toujours quelque chose sur les épreuves. Sur certaines d’entre elles, il y a des similitudes avec ce que j’ai connu dans le sport, sauf qu’il y a d’autres éléments à gérer. Il y a énormément de caméras autour, une pression particulière et des facteurs qu’on ne maîtrise pas comme la météo. Ça reste similaire au niveau de la pression, du challenge et de la compétition mais il faut ajouter la stratégie et l’aspect social.

En parlant de stratégie, on peut dire que tu t’es très bien débrouillée sur ce plan. Comment qualifierais-tu la tienne ?

J’ai réussi à avancer dans ma stratégie sans me faire trop d’ennemis chez les jaunes. Je trouve ça cool, car ça n’arrive pas souvent que les stratèges aillent jusqu’à la fin de l’aventure. Avec Laure, on a réussi à tout retourner et à bien mener notre barque. Mais ce n’était pas gagné, surtout au moment de la réunification quand on s’est retrouvés [les ex-rouges, ndlr] en minorité. Au final, on a réussi à protéger ceux qu’on voulait : Jonathan, Arnaud et Lucie, qui s’est greffée plus tard. Beaucoup me critiquent, mais quand on fait le bilan, on se rend compte que je suis beaucoup plus aimée que l’inverse. Les jaunes n’ont rien contre moi, je ne les ai pas trahis.

"On ne valorise pas assez l’échec"

Tu as beaucoup parlé de cette aventure comme une revanche sur ta vie de sportive. Mais est-ce que le fait d’y participer était déjà une victoire en soi ou tu avais un objectif particulier ?

Je m’étais fixée comme objectif de ne pas partir la première et après la réunification. À partir de là, ce n’est que du bonus. Tu t’éclates, tu prends l’aventure au jour le jour et, avec Laure, j’ai essayé d’avancer jusqu’au bout. Je ne me suis pas mis de pression. J’ai eu la chance d’être retenue parmi 40 000 candidatures. Donc, si ça marchait, tant mieux et si ça cassait ce n’était pas grave.

Tu as beaucoup parlé de ton échec avant les Jeux de Rio en 2016 et de ton burn-out. La santé mentale dans le sport, c’est un sujet tabou et très peu abordé, on l’a encore vu avec Naomi Osaka à Roland-Garros. Quel est ton regard sur la question ?

C’est un thème qui me tient énormément à cœur. Si je peux aider des personnes qui se posent des questions sur ce sujet, ce sera avec plaisir. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai lancé mes Live Phœnix, tous les dimanches sur mon compte Instagram, avec des sportifs et sportives qui parlent de résilience dans le sport. Je trouve qu’on ne valorise pas assez l’échec. Un sportif est souvent associé à ses victoires mais on oublie que ce qui mène à ces moments, ce sont les échecs, sans quoi il n’y a pas de victoire.

Ce qui est arrivé à Naomi Osaka à Roland-Garros est malheureux. Elle se fait juger pour avoir abandonné un tournoi, mais on ne sait pas ce qu’elle a vécu. Je sais que parfois dans la tête ça ne va pas, je suis passée par là. Il faut se montrer conciliant avec une personne comme elle, qui donne sa vie au tennis.

Je reviens à cette saison et l’un de ses axes forts, ton binôme avec Laure. Avant l’aventure, tu t’attendais à nouer une amitié aussi forte ?

Je ne m’attendais pas à rencontrer une personne comme elle, avec qui la relation serait aussi fusionnelle. On a vécu des moments durs ensemble et la galère ça rassemble. Je n’ai pas passé une journée sans être avec elle. On faisait des conneries ensemble, on chantait ensemble, on gagnait ensemble et on faisait des stratégies ensemble. Elle m’a aidée à prendre confiance en moi et à me surpasser dans les épreuves. Elle était mon point de repère dans cette aventure. On a passé 35 jours à se parler tout le temps, et je pense que je connais plus sa vie que celle de mes meilleurs amis. C’est Koh-Lanta qui fait ça.

J’aimerais revenir sur la polémique sexiste qu’il y a eue cette saison, avec l’alliance des garçons chez les rouges. Comment tu l’as vécu sur le moment ? Et avec le recul, quel regard tu portes là-dessus ?

Je ne l’ai pas du tout vu comme du sexisme. C’était assez clair pour moi, il n’y avait rien de sexiste là-dedans. Les mecs avaient décidé de faire une alliance assez forte entre eux, c’était logique et bien joué de leur part. On a mis du temps avec Laure à réaliser que leur alliance était forte et c’est de notre faute. Mais il n’a jamais été question de sexisme. Ça aurait très bien pu se passer avec deux filles et deux garçons.

Il y a eu beaucoup de critiques sur cette saison, que les gens ont trouvée moins passionnantes, notamment à cause des armes secrètes, la grande nouveauté. Comment tu réagis à tout ce qui a été dit ?

J’ai vécu cette saison pleinement et j’ai beaucoup aimé les armes secrètes. Elles rajoutaient un peu de piment et d’originalité par rapport à une aventure classique. Elles nous ont fait stresser durant tout le jeu, elles nous ont sauvés aussi parfois, à chaque conseil on ne savait jamais ce qui allait se passer. J’ai trouvé cette saison géniale, il se passait des trucs et il y avait des rebondissements.

Après ce Koh-Lanta et ta victoire, quelle est la suite pour toi ?

L’objectif est de continuer la route avec Sport en France [chaîne de télévision, ndlr]. Je me sens bien là-bas, j’adore mon émission et j’aime bien être au contact des sportifs. J’aimerais bien développer ma propre émission, avec des concepts qui changent de l’ordinaire. Je n’aime pas parler uniquement de sport avec les sportifs, c’est du vu et revu. J’aime bien chercher des petits trucs, des anecdotes, aller plus loin que le côté sportif, c’est ce qui m’intéresse. Et à long terme, mon objectif est clair : être journaliste pour les JO 2024 à Paris.

"Un duo Maxine/Hervé, ce serait drôle"

La prochaine saison de Koh-Lanta est un All-Star, est-ce que tu en attends beaucoup ?

Elle va être super lourde parce qu’il y a beaucoup d’aventuriers que j’aime bien. J’ai adoré Sam, et j’ai hâte de voir s’il a progressé sur le côté social. Évidemment, j’aime bien Teheiura et Claude, mais ils ont déjà fait plein de Koh-Lanta, donc ce serait bien de voir les petits jeunes aller loin. J’adore Alix, j’espère qu’elle va faire un bon bout de chemin. Je n’ai pas tout le casting en tête mais ces aventuriers m’ont beaucoup marquée et j’espère qu’ils iront loin.

Pour les prochaines saisons de Koh-Lanta, tu as des idées, des concepts que tu aimerais voir développés ? 

J’ai eu cette discussion avec Laure il n’y a pas longtemps et on s’est dit qu’on aimerait un Koh-Lanta en binôme, du début à la fin. Soit des binômes phares, qui ont marqué l’aventure, ou choisis de manière aléatoire et on ne sait pas sur qui on peut tomber. Tu fais un duo Maxine/Hervé, ce serait drôle.

Une idée qui revient souvent chez les anciens candidats, c’est un Koh-Lanta en famille. Si ça faisait, tu partirais avec qui ?

Je choisirai mon frère ou mon chéri [joueur de tennis professionnel, ndlr] parce que je pense qu’on serait monstrueux sur les épreuves.

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