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Tournon : "Avec Dembélé, Kimpembe et Mendy, c’était la fête du slip tous les jours"

Publié le

par Lucie Bacon

Tribute of Antoine Griezmann for Press attached Philippe Tournon during the Press Conference France on July 13, 2018 in Moscow, Russia. (Photo by Anthony Dibon/Icon Sport via Getty Images)

L’ancien chef de presse nous raconte les coulisses des Bleus, et les fois où il a VRAIMENT ramené la coupe à la maison…

Deux ans après la standing ovation reçue lors de sa dernière conférence de presse tenue avec Antoine Griezmann, la veille de la victoire en Russie, l’ancien chef de presse des Bleus, Philippe Tournon, nous dévoile son attachement à l’Équipe de France, à Aimé Jacquet, et nous explique comment il a su durer dans ce milieu à l’occasion de la sortie de son livre, La Vie en bleu (Albin Michel).

© Albin Michel

Konbini Sports ⎪ Cela fait deux ans et demi que vous avez quitté la fédération. Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous manque le plus de cette vie de chef de presse ?

Philippe Tournon ⎪ Ça serait présomptueux de dire "rien". Mais quand je regarde les matches de l’équipe de France à la télé, car je reste un supporter inconditionnel, j’ai un petit pincement au cœur de ne plus vivre ces moments tellement forts de l’immédiat avant-match. Quand l’arbitre appelle, la porte du vestiaire s’ouvre, toute cette concentration… C’est comme le taureau qui va entrer dans l’arène, ce sont des moments toujours très, très forts. Les joueurs sont alignés, se regardent, se défient du regard.

C’est bizarre, car vous avez connu d’immenses choses avec les Bleus, on aurait pu croire que vous alliez nous répondre l’après-match, avec la célébration ?

Non, les moments les plus forts en intensité, c’est cet espace-temps entre la sortie du vestiaire et le terrain. Ils ont travaillé toute la semaine, ils ont mis en place des dispositifs, et on ne sait pas ce qui va se passer ! On sent la concentration sur les visages, on voit des attitudes, des façons de regarder l’adversaire ! Bon, bien sûr, une médaille, un trophée, c’est toujours des moments de joie. Mais le sport réserve, par définition, autant de joie que de déception !

Justement, sur ces avant-matches, vous avez des anecdotes, des comportements de joueurs qui vous ont marqué dans leur préparation ?

Les joueurs eux-mêmes ne m’ont pas forcément marqué, mais ce sont beaucoup de rituels ! Depuis le joueur de la génération 84 qui, toute sa carrière, a mis le même slip…

Qui ?

Je ne vais pas le dire… Ou Michel Hidalgo à la Coupe du monde 82 qui avait toujours le même polo. Les places dans le vestiaire qui doivent rester les mêmes, les rituels de la chaussette d’abord à droite. Il y a mille petits trucs et chacun a les siens. Je ne pense pas qu’il y ait des joueurs qui se foutent de tout, qui fassent n’importe quoi, n’importe comment… Ce n’est pas de la superstition mais chacun, à sa manière, se dit qu’il doit faire les choses comme il faut, et ce "comme il faut" est très personnel. C’est l’accumulation de ces petites choses qui font cette atmosphère si particulière d’un vestiaire.

Je vous ai demandé ce qui vous manquait le plus. Qu’est-ce qui vous manque le moins ?

Ce sont les moments difficiles en conférence de presse, quand j’ai dû y emmener un garçon pour qui visiblement c’était encore une épreuve. Je souffre d’en entendre parfois qui répondent à des questions tout à fait intéressantes de façon intéressante, mais en dix secondes. Ils ne développent pas. Je ne comprends pas comment, vu les moyens modernes qu’il y a aujourd’hui en media training, le joueur n’a pas travaillé en centre de formation ou même tout seul cet aspect communication dans une carrière dans laquelle ça prend quand même beaucoup de place.

Il y a la prestation sur le terrain qui va établir son niveau, sa valeur marchande, etc., mais se présenter, échanger, parler avec des médias, qui sont, comme je leur explique, des compagnons de route incontournables, on ne peut pas faire sans les médias, c’est important. Selon ma vieille formule à la con, je leur dis qu’ils ont le "savoir-faire" mais s’il n’y a pas le "faire-savoir" des médias, ils n’ont rien. Il n’y a pas la pub à la télé, sur les maillots… Ils comprennent assez vite.

Vous, en tant que chef de presse, ce n’était pas votre rôle de les entraîner à parler à la presse ?

Non, je pouvais leur donner des conseils, par exemple "ce que tu disais était intéressant, tu peux le développer, tu peux donner un exemple, tu peux évoquer tel match pour illustrer". Après, je pouvais débriefer sur les attitudes et les comportements, mais le media training, ce n’était plus le moment, ce n’est pas en stage de l’équipe de France A, il faut le faire avant. J’ai toujours été marqué par Didier Deschamps qui disait qu’il était arrivé à 15, 16 ans au FC Nantes et dans son cursus de formation, il y avait du media training. Il disait que ça lui avait servi toute sa vie et que ça continuait à lui servir.

Je m’attendais à lire une autobiographie en ouvrant votre livre, en fait, pas du tout. C’est plutôt l’histoire du foot français. C’était votre idée ?

Complètement ! Et c’est pour ça que j’ai dit non à au moins six éditeurs avant de céder aux sirènes de Lise Boëll, parce que je ne voulais pas raconter ma vie, qui n’a strictement aucun intérêt. Je ne voulais pas non plus, contrairement à certains éditeurs qui voulaient des histoires croustillantes, des coulisses qu’on ne connaît pas. Justement, je raconte le moment où Hidalgo explique à ma femme que si j’ai duré si longtemps, c’est parce que j’ai su rester à ma place et que je n’ai jamais trahi personne.

Je n’allais pas me mettre, à mon grand âge comme dirait de Gaulle, à balancer, à cracher dans la soupe qui m’a bien nourri et qui m’a permis de vivre autant de choses… Lise Boëll chez Albin Michel m’a dit : "Mais tu as certainement des anecdotes, commence à les coucher sur le papier." Effectivement, je me suis demandé ce que je pouvais raconter, j’ai repensé à ma carrière à L’Équipe, et il m’est venu des choses, et à ce moment, je me suis dit qu’il y avait de la matière. Et j’ai voulu que ça soit un panorama du football français, même en dehors de l’équipe de France.

"La FFF était fermée donc j’ai ramené la coupe d’Europe à la maison"

En parlant d’anecdotes, et sans vouloir spoiler tout le livre, pouvez-vous juste nous raconter ces fois où, véritablement, vous avez ramené la coupe à la maison ?

J’ai ramené deux fois les vrais trophées à la maison. En 1984, on devait faire des photos en studio de la Coupe d’Europe pour un journal. Fernand Sastre, le président de la fédération, m’avait dit de ne pas la quitter des yeux. Je promets, j’y vais, et il y avait un problème technique : on ne pouvait pas faire les photos le vendredi après-midi, je devais revenir le lundi. La FFF était fermée donc j’ai ramené la coupe d’Europe à la maison. Nicolas [son fils, ndlr] n’avait pas encore 3 ans et Émilie [sa fille, ndlr] était de décembre 1983, elle avait 7-8 mois. Elle était juste de la hauteur de la coupe ! Elle tapait dessus avec ses mains, et Nicolas prenait des petites voitures et les faisait tourner autour. Au bout d’un moment, j’ai mis la coupe en hauteur jusqu’au dimanche soir…

J’ai aussi ramené la Coupe du monde, la vraie, en or, avec les trucs gravés en dessous ! Quand je vois comment aujourd’hui plus personne ne peut la toucher, il y a toujours la Brink’s et quatre malabars autour de l’écrin… On devait la rendre au tirage de la Coupe du monde 2002, donc en décembre 2001. J’étais à la fédé vers 18 h 30, le service comptable m’appelle et me dit "Tu n’oublies pas la coupe, hein ! – Mais quelle coupe ? – Bah la Coupe du monde, la Brink’s l’a amenée et comme on est les seuls à avoir un coffre, on l’a. Comme tu pars demain au Japon, tu dois la prendre". Les quatre qui partaient avec moi étaient déjà partis, donc il n’y avait pas d’autre solution. Je prends un sac Adidas qui traînait pour mettre la coupe dedans, je la mets sur la banquette arrière de la voiture, je regarde dans le rétro si je ne suis pas suivi, et j’arrive à la maison. Je dis à ma femme : "Regarde ce que je ramène." Elle n’y croyait pas… On a fait des photos, des films, puis le soir je l’ai mise sous le lit, on n’avait jamais été cambriolés, mais si jamais il se passait quelque chose…

Les enfants n’étaient pas là cette fois ?

Non, ils étaient partis !

Vous avez connu les deux côtés du métier, d’abord en étant journaliste puis côté fédération. Je ne vais pas vous demander de choisir entre l’un et l’autre, mais est-ce qu’il y en avait un d’un peu plus excitant que l’autre ?

Oui, le métier de journaliste présentait beaucoup moins de contraintes. Le journaliste, par définition, est libre de s’exprimer. On part sur un reportage, on le façonne à sa guise, l’écriture est libre. Je ne dis pas que le métier est facile, mais l’équipe de France, c’est une exigence très haute, il y a donc une tension et une attention, pas de tous les instants, mais presque. Le confort de vie était plus grand dans la fonction de journaliste. Mais j’ai remercié le ciel d’avoir été journaliste avant de prendre mes fonctions à la fédé, car si on n’est pas passé par les salles de rédaction, si on n’a pas connu les vrais impératifs de bouclage et autres, on peut se laisser embarquer dans des trucs qu’on ne connaît pas, et on va faire des faux pas, évidemment.

Quand je suis parti en 2004 après l’Euro car Domenech voulait tout changer, et c’était parfaitement son droit, et quand je suis revenu en 2010 à la demande de Laurent Blanc, il a fallu que je fasse une mise à jour car j’ai connu encore une autre étape, une autre révolution des technologies de l’information avec l’info en continu, les réseaux sociaux…

C’était justement ma question suivante. Vous avez vécu l’essor d’Internet et la naissance des réseaux sociaux, comment vous êtes-vous adapté ?

Il fallait avoir l’humilité de ne pas prétendre maîtriser une communication qui partait dans tous les sens et qui devenait de plus en plus individuelle. Je ne sais pas si dans dix ans il y aura encore des conférences de presse, on peut envisager que chaque joueur aura sa cellule communication et qu’il fera sa communication sur ses outils à lui.

Laurent Blanc et Didier Deschamps l’ont très vite compris, c’est-à-dire qu’ils ne se sont pas mis en tête de vouloir demander aux joueurs de ne pas communiquer quand ils étaient avec l’équipe de France, ça aurait été une utopie totale. Mais on a essayé de cadrer et Didier, avec son pragmatisme habituel, y est bien parvenu, en disant aux joueurs : "Je ne vous interdis pas de continuer vos Instagram, vos Snapchat et compagnie, simplement il y a des règles. Rien sur la vie du groupe, et si vous postez quelque chose avec quelqu’un d’autre que vous, vous vous assurez que la personne est d’accord." Jamais dans le bus, jamais dans le vestiaire, sauf après un match, mais c’est autre chose : une fois que Didier a dit son petit mot, chacun se précipite sur son téléphone et commence à raconter, à échanger… Ça, c’est de bonne guerre.

Et ils n’ont jamais essayé de créer un compte Instagram à Didier Deschamps ?

[Rires.] Non ! Moi, je ne suis jamais intervenu dans tout ça, car je serais bien en peine de dire la différence entre chaque, déjà entre Twitter et Facebook, j’ai eu du mal… Instagram, Snapchat et maintenant, il en sort un tous les mois ! Des Tik Tak, des Tok Tok, des Bip Bip…

Vous parliez de votre départ en 2004 quand Domenech a changé le staff, vous n’étiez donc pas à la Coupe du monde 2010. Comment l’avez-vous vécue, de votre canapé ?

Je livre ma version du bonhomme dans le livre et selon moi, Domenech est un technicien très compétent, il a beaucoup de talent. De plus, l’homme est très intéressant parce que très ouvert sur les faits de société, la politique, le théâtre, le cinéma. Sauf que Raymond fait du Raymond : il est dans l’ironie, dans la provocation, dans le décalage. Ça fait un personnage original, attachant, mais s’il y a une fonction où il ne faut pas être original et décalé, c’est celle de sélectionneur, parce que c’est très exposé, on s’adresse tour à tour ou simultanément aux dirigeants, aux journalistes, aux joueurs, aux sponsors… Donc il ne faut pas s’amuser à ironiser ou à être au 2e ou 3e degré. Il faut toujours être dans le premier degré.

On reproche parfois à Deschamps d’être un robinet d’eau tiède et de ne pas répondre aux questions, mais heureusement qu’il est comme ça. Il a toujours le mot juste, les bonnes attitudes avec les bonnes personnes, au bon moment. Ça n’empêche pas d’avoir son caractère, son tempérament, mais dans sa relation aux autres, il faut être clean.

Quand j’étais parti, un joueur m’a demandé si je connaissais bien Raymond, et si je comprenais toujours tout ce qu’il disait. J’ai dit oui, car je le fréquentais depuis un moment, mais parfois, il fallait savoir décoder. Mais voilà, il ne faut pas avoir à décoder pour être sélectionneur. À Nantes, c’est pareil, il a commencé en disant : "Je voulais le prendre Maradona mais il est mort." Bon, ça fait rire, mais il y en a que ça a choqué. C’est trop frais…

Et quand vous revenez en 2010, comment cela se passe alors ? Vous vous apercevez que la tâche est immense ?

Oui, car j’ai vécu tout ça de mon canapé, avec sidération… En plus, je n’avais pas tous les éléments, et je ne les ai toujours pas, c’est pour ça que je m’exprime sur la pointe des pieds. J’ai recueilli des propos du président de l’époque, Escalettes, qui n’avait jamais vraiment voulu s’exprimer sur le sujet. Il m’a fait l’amitié de se confesser et son témoignage est courageux, il reconnaît ne pas avoir été à la hauteur. Il dit qu’il aurait dû taper du poing sur la table, mais il n’a pas su parce qu’il n’avait pas les codes pour affronter ça. Il me le raconte avec beaucoup d’émotion.

Et il pointait également aussi le caractère de Raymond, qui l’avait beaucoup désarçonné et avec lequel il avait une relation profonde, sincère, comme il y a entre Deschamps et Le Graët par exemple. En 2010, le sélectionneur était très atypique, le président de la fédération n’était pas armé ou façonné pour gérer une crise comme ça, et il y avait une absence étonnante des représentants des clubs professionnels.

Y a-t-il des joueurs ou des sélectionneurs de qui vous êtes resté très proche ?

Oui, Aimé Jacquet, parce qu’une profonde estime et une longue amitié nous lient. Et Henri Émile a eu la bonne idée, avec Deschamps et Blanc, de créer notre petit club France 98 avec lequel on a un déjeuner tous les ans. On ne l’a pas eu cette année à cause du virus. On se retrouve à Tignes parfois, pour la période de Noël, avec Aimé, Henri Émile, docteur Ferret, un ou deux kinés… On entretient des liens réels avec France 98.

Vous aviez vécu France 98, est-ce qu’avant de partir en Russie en 2018, vous sentiez que quelque chose pouvait se passer ? Est-ce qu’on le sent quand il peut y avoir une victoire à la clé ?

On sent s’il y a le potentiel, c’est-à-dire si la qualité technique et humaine du groupe peut nous permettre d’avoir des ambitions hautes. Le deuxième élément à prendre en compte, c’est la personnalité du patron. Platini, c’était spécial car il était de passage, ce n’était pas sa vocation, mais il a réussi par son autorité et son aura naturelle à faire une phase de qualification à l’Euro 92 avec 8 matches et 8 victoires. En revanche, gérer une vie en commun sur 4, 5, 6 ou 8 semaines, c’est un autre exercice qui n’a rien à voir. C’est la spécificité de la fonction de sélectionneur. Et à l’Euro 92, on s’est planté en beauté.

En 2018, les deux critères étaient remplis, il y avait quelque chose à faire. Pourtant, je l’ai dit et je le répète, ce groupe était beaucoup moins facile qu’il n’y paraissait, parce qu’il y en avait un qui avait 19 ans et l’autre 34 ans. C’est énorme. L’état d’esprit d’un Griezmann n’est pas l’état d’esprit d’un Mbappé ou d’un Pogba, qui est toujours assez énigmatique et qui peut avoir des fulgurances qui nous emmènent loin à la fois sur le terrain et en dehors… Il fallait que Didier sache calmer un peu certains ego, sachant qu’il y avait une bande de jeunes loups… Kylian, ce n’était pas le plus turbulent, il est d’un tempérament calme. Mais avec Ousmane Dembélé, Presnel Kimpembe et Benjamin Mendy, c’était la fête du slip tous les jours ! Ils se trimballaient avec des petites enceintes…

Oui, on a vu, ça a bien fait marrer tout le monde…

Voilà… À côté de ça, il y avait des sages comme Varane et Lloris, qui aspiraient à une certaine tranquillité. Il fallait expliquer à tout le monde qu’une vie de groupe sur une durée aussi longue nécessitait que chacun mette son énergie au service des intérêts du groupe. Et là, Didier a été monstrueux de finesse, de perception.

Le sélectionneur, c’est un gars qui a un tableau de bord avec 100 voyants : les joueurs collectivement, les joueurs individuellement, le staff, la logistique, c’est un groupe de 45 personnes à gérer, et il faut qu’il soit en alerte devant son tableau de bord. Pour lui, rien n’est un détail, tout est important, il délègue mais en gardant un œil. C’est son secret, il a géré toute sa carrière de joueur, d’entraîneur et de sélectionneur comme ça. Il faut qu’il ait la main, et vraiment la main. Le divorce avec l’OM s’explique largement par les différentes influences qui s’exerçaient à la direction, il ne maîtrisait plus les choses comme il l’entendait.

"Ce n’est pas le plan de jeu qui fait une Coupe du monde ou un Euro"

Vous en parlez également à propos d’Aimé Jacquet, mais selon vous, gagner n’est pas qu’une histoire de joueurs, c’est aussi et surtout une histoire d’hommes…

J’en rigole, mais ça m’irrite tous ces tacticiens, et je ne leur en veux pas de débattre car le débat est sain, qui aussitôt après un match entreprennent de le refaire, alors qu’ils ne savent pas ce qui s’est passé dans le vestiaire, ce que le coach a demandé aux joueurs, etc. Effectivement, aujourd’hui, les médias ne peuvent plus prendre de recul, il faut retenir l’auditeur et le téléspectateur donc je finis par concéder qu’ils font leur boulot. Mais il y a tellement une dimension humaine que vous ne connaissez pas entre toutes ces petites considérations tactiques… Dès l’avant-propos, je dis que ce n’est pas le plan de jeu qui fait une Coupe du monde ou un Euro… Il y a l’humain individuellement et la gestion de l’humain dans le collectif, et c’est d’une complexité incroyable.

Vous avez versé une petite larme lors de votre dernière conférence de presse, avec Antoine Griezmann ?

J’étais très ému ! Je ne savais pas que Griezmann préparait cette standing ovation ! J’avais hâte de quitter la scène pour retrouver ma sérénité. Ils m’ont repassé la scène il n’y a pas longtemps à la télé et ça m’a rendu des petits frissons…

Il y a ensuite eu une passation avec votre successeur Raphaël Raymond. Il faut avoir été journaliste à L’Équipe pour être chef de presse des Bleus ?

[Rires.] Non ! Il faut avoir une bonne pratique des médias et il faut faire le job ensuite honnêtement. On ne fait ce qu’on a envie de faire ou ce qui nous plaît, mais ce que la mission de chef de presse exige et implique. J’ai eu la chance de créer le poste, je l’ai fait comme je pensais devoir le faire avec des instructions basiques de Sastre et Hidalgo.

J’étais très attaché à la notion de chef de presse : on n’est pas un attaché de presse qui dit oui à tout le monde car c’est impossible, encore moins un directeur de la communication pour essayer de faire croire que le stylo est rose alors qu’il est bleu. On n’est pas là pour vendre l’équipe de France et faire sa promo, on est là pour permettre aux deux populations qui ne sont pas portées l’une vers l’autre de cohabiter. On est sur le même bateau, on ne peut pas s’éviter et s’ignorer.

Votre ancien journal L’Équipe est d’ailleurs en ce moment en grève, comment le vivez-vous ?

L’Équipe a été ma première vie, mon premier bébé. De même que m’avait peiné la polémique Jacquet-L’Équipe… J’ai été délégué syndical pendant une dizaine d’années, je ne me souviens pas qu’il y ait eu une grève comme ça. J’entends que L’Équipe ait des difficultés dans le contexte actuel, mais j’assure de ma compréhension et de mon affection tous mes camarades dans ces moments délicats.

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