Football Manager

Quatre joueurs nous racontent leur amour pour des pépites de Football Manager

"Le plus grand intérêt du jeu, c’est quand même de dénicher des joueurs à fort potentiel."

S’il y a bien deux choses que Football Manager – "FM" pour les intimes – sait bien faire, c’est bouffer tout notre temps libre et nous faire découvrir pléthore de nouveaux talents. Car, oui, la simulation de management signée Sports Interactive s’est imposée auprès de nombreux joueurs comme un véritable outil de détection des pépites de demain… Même si les diamants bruts du jeu n’ont pas tous explosé en dehors des terrains pixélisés.

On a donc demandé à quatre joueurs de nous raconter leur expérience d’entraîneur virtuel, et le rapport particulier qu’ils entretiennent avec ces talents à fort potentiel.

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Football Stories | On commence par le commencement : comment t’es devenu accro à Football Manager ?

Sofiane | C’est une névrose qui date du début des années 2000. Un ami m’avait prêté un CD gravé où était inscrit "Championship Manager 2001-2002". C’était déjà très complet, même s’il n’y avait pas encore la 2D. Ça m’a aidé à découvrir les effectifs des équipes étrangères puisqu’à l’époque, on n’avait pas accès à tous les matches en dehors de France. Et puis, ça coïncidait avec mes premiers intérêts pour le ballon. C’était comme si j’avais pris un coach particulier qui m’expliquait la façon de construire un effectif. C’était incroyable. J’ai ensuite beaucoup saigné L’Entraîneur 4 et 5 avant de faire la bascule définitive sur Football Manager 2005. Depuis, je n’ai jamais lâché les opus. Je les ai tous. Globalement, j’ai un peu tout testé, même Guy Roux Manager et LFP Manager.

Allan | J’avais un jeu de manager sur PlayStation, Canal+ Premier Manager. Ensuite, je suis tombé, par hasard, par le biais d’un ami sur Football Manager, et j’y joue depuis 2008.

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Enzo | Très jeune, mon grand frère y jouait et, en bon petit frère, je voulais faire pareil. Je devais avoir 9 ans mais c’était trop compliqué encore, je ne comprenais rien, donc je jouais à LFP Manager, qui était un peu plus simple. Ensuite, je suis passé à Football Manager. Je prenais la Sampdoria, parce que j’aimais bien leur maillot, et je culpabilisais quand je remplaçais un entraîneur que j’aimais bien (alors que je les connaissais à peine). Mon attaque Flachi-Bonazzoli faisait des ravages.

Robin | J’ai commencé à jouer à L’Entraîneur vers l’âge de 12 ans. Les seules choses qui m’accrochaient au football à cette époque étaient mon amour inconditionnel pour la Juventus et les performances assez calamiteuses de Gubbio, qui évoluait en troisième division italienne. Depuis ça, je n’ai jamais vraiment arrêté d’y jouer. 

Tu es quel genre d’entraîneur : plutôt à recruter des joueurs à fort potentiel ou des joueurs déjà confirmés ?

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Sofiane | Le plus grand intérêt du jeu, c’est quand même de dénicher des joueurs à fort potentiel. Mon kiff, c’est d’aller dans les deuxièmes divisons européennes : Leeds, Nottingham Forrest, Blackburn, Le Havre, Lens, Racing Santander, Bari, Munich 1860… Ou de prendre des équipes de première division dans des championnats alternatifs : j’avais par exemple un faible pour AIK en Suède, l’Inter Turku en Finlande ou NAC Breda en Eredivisie. Donc forcément, tu es obligé de viser des joueurs qui ne sont pas confirmés. Rien de plus excitant que d’aller dans les sélections internationales U21 et de chercher les éléments observés par les grands clubs. Tu n’as pas les notes disponibles parce que tes recruteurs sont mauvais, mais tu tentes des offres à l’aveugle.

Allan | Un peu un mix des deux. Je prends souvent des équipes en Ligue 2, comme Lens, ou en National, comme le Red Star 93 – j’ai même essayé le championnat brésilien. Et de mon expérience, si tu ne prends que des jeunes, tu ne gagnes pas. Avec ce genre de clubs, tu n’as pas les moyens de prendre beaucoup de joueurs confirmés.

Enzo | Ça dépend de mon équipe et de mon budget. Petit, je ne faisais que prendre des vieux de 38 ans en espérant les relancer. Aujourd’hui, j’aime bien me concentrer sur les jeunes, et essayer de bonifier l’équipe nationale en formant des cracks.

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Robin | J’ai eu plusieurs stratégies : jouer avec des grands clubs et éclater tout le monde ou me nommer à la tête de petites structures et tenter d’atteindre les sommets. Dans le second cas de figure, je ne m’appuyais que sur des jeunes joueurs, les fameux "jeunes prodiges", et quelques espoirs venus d’ici et d’ailleurs.

Selon toi, Football Manager est-il un bon révélateur du talent des joueurs ?

Sofiane | Il y a eu pas mal de ratés, mais le nombre de coups bien sentis est impressionnant. Quand on connaît l’incertitude dans le développement d’un joueur, entre les choix de carrière et les blessures, voir juste sur autant de talents m’impressionne. C’est pour ça que je pense sincèrement que c’est le meilleur jeu de l’histoire. Combien de joueurs de Football Manager connaissaient des talents avant qu’ils n’explosent aux yeux du grand public ? Lewandowski était énorme dans le 2009 alors qu’il était encore en Pologne, Verratti valait 200 000 euros dans le 2010 et était vu comme une pépite… Sans oublier Neymar, qui avait déjà sa fiche joueur alors qu’il avait 15 ans. Dans tous les cas, même les ratés ont du bon puisque tu te passionnes pour la carrière de joueurs que tu n’aurais jamais calculés sans le jeu.

Allan | Je suis un peu sceptique. Il y a plein de joueurs à 220 millions d’euros dans le jeu alors qu’ils chauffent le banc dans la vraie vie : Yaya Sanogo, Vincent Aboubakar et plein d’autres. Puis, je me dis : si les scouts étaient si bons pour déceler les potentiels de joueurs, ils seraient recruteur.

Robin | Je dirais que le jeu ne se trompe que rarement. Mieux encore, il ne tombe pas dans le piège du romantisme qui ferait de cracks des jeunes joueurs qui n’ont seulement que quelques performances dans les jambes. C’est d’une insolente rationalité, parfois cruelle, mais c’est ainsi que la vie est faite.

Quel est le meilleur joueur que tu aies recruté ?

Sofiane | John Fleck. Il était immense dans le jeu lorsqu’il jouait aux Rangers. Il pouvait jouer ailier gauche, numéro 10 et attaquant.

Allan | Aldo Kalulu. Il était incroyable dans Football Manager 2018.

Enzo | Je pense que c’est Pietro Pellegri et Moise Kean. Des monstres. Petite mention à Yaya Sanogo aussi.

Robin | Sans hésiter, je dirais Evandro Roncatto. Alors que j’évoluais en troisième division italienne, il a rejoint les rangs de mon club de Gubbio pour y devenir l’attaquant vedette. L’avantage, c’est qu’il avait 17 ans, qu’il marquait énormément et qu’il disposait d’un contrat non-protégé dans son club brésilien. Une aubaine pour le faire venir à bas prix et grimper les échelons.

Quels sont ses exploits ?

Sofiane | J’ai le souvenir de parties énormes avec lui où il faisait monter mes équipes. Sur ma meilleure partie avec Blackburn, finaliste de la Coupe UEFA, il inscrit un triplé en finale face au Shakhtar.

Allan | Il a été meilleur attaquant de l’histoire du club (Lens) en un an et demi, meilleur buteur du championnat, meilleur passeur, il marque le but de la victoire contre le Real Madrid en Ligue des champions… C’était mon Benzema. Peu importe les attaquants que j’achetais, c’était le meilleur.

Enzo | Ils marquaient tout simplement à tous les matches. Pareil pour les passes décisives. L’assurance d’une saison réussie.

Robin | Il plantait sa trentaine de buts par saison et m’a ainsi aidé à monter en deuxième division au bout de quelques saisons. 

Tu as continué à le recruter les années suivantes ?

Sofiane | Je le prenais constamment quand je démarrais mes parties en Championship ou en Premier League, puisqu’il n’était pas très cher.

Allan | Non, il faut passer à autre chose.

Robin | Si l’on dit que l’amour dure trois ans, un miracle footballistique ne jouit généralement pas de la même longévité. Au bout de deux ans, ses performances se sont affaiblies et il a commencé à tirer la gueule. Il avait le mal du pays et souhaitait quitter l’Italie au plus vite. Une fois parti, la suite de ma partie n’a été qu’une longue descente aux enfers. Le cœur brisé, je ne l’ai jamais recruté dans les autres parties. La loyauté n’a pas de prix.

Est-ce qu’il a percé par la suite ou c’était juste un crack de FM ?

Sofiane | On pourrait dire qu’il n’a pas percé, mais il est désormais en Premier League et plante quelques buts avec Sheffield.

Allan | Tu as déjà entendu parler de lui ? Je crois qu’il est à Swansea en D2 anglaise, donc je suis tenté de te dire non. 

Enzo | Ils sont encore jeunes. Ils ont tous les deux battu des records de précocité. Pietro Pellegri a des pépins physiques qui l’empêchent de jouer de manière régulière et Moise Kean a du mal à s’adapter en Angleterre pour l’instant. Mais je ne me fais pas de soucis pour eux (venez à la Roma, s’il vous plaît).

Robin | Je n’ai jamais entendu le nom de ce joueur ailleurs que dans le jeu. Pour savoir ce qu’il a fait de sa vie, j’ai donc utilisé le formidable outil qu’est Google, et ce n’est pas très glorieux. Il n’a jamais réussi à émerger et a ainsi végété entre le Brésil et le Portugal pour finir dans l’anonymat dans un club chypriote. Karma.

Par Abdallah Soidri, publié le 17/01/2020

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