© PH LE ROUX/ALP/TF1

"Le plus dur sur Koh Lanta, c'est les autres" : entretien avec Claude de Koh Lanta

"J’aime bien Ahmad parce que c'est un joueur."

Avec deux finales à son actif, et le plus grand pourcentage de victoires dans les épreuves individuelles, c’est peu de dire que le CV de Claude à Koh Lanta en impose. Pour sa troisième participation à l’émission animée par Denis Brogniart, il continue d’écrire sa légende, à base de répliques cultes (le fameux "baltringue"), de gestes d’anthologie (le coude sur Ahmad) et d’une incroyable régularité dans les épreuves.

Avant l’épisode de ce soir, on a fait le point avec l’aventurier sur la saison en cours, Ahmad, mais aussi ce qui le motive à aller à l’autre bout de la planète pour manger des larves, ramper dans la boue et élaborer des stratégies avec de parfaits inconnus. Entretien.

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Konbini Sports | Tu en es à ta troisième aventure de Koh Lanta. C’est parce qu’on dit "jamais deux sans trois" que tu as accepté de participer ?

Claude | C’est plus le fait de retourner pour retenter sa chance. C’est une aventure qu’on ne trouve pas ailleurs. Et quand il faut relever un défi, je réponds toujours présent.

Qu’est-ce qui t’a poussé à participer à l’émission la première fois ?

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La première fois c’était vraiment l’inconnu total, parce que je n’étais pas un assidu de Koh Lanta. J’avais vu la moitié de la saison de 2009 et j’avais pas mal accroché. J’étais assez virulent sur mon canapé, et ma sœur m’a dit "au lieu de critiquer, tais-toi et vas-y." J’ai passé les castings et j’ai été pris. J’étais en Thaïlande, en vacances, quand j’ai appris que j’étais sélectionné. J’ai lu mes mails par hasard, et je vois : "Claude, on n’arrive pas à te joindre. Dépêche-toi sinon on va prendre un autre candidat." Je suis rentré de Thaïlande précipitamment et je suis parti faire l’aventure. Sans avoir prémédité la chose.

Qu’est-ce qui a changé dans tes aventures entre ton premier Koh Lanta et celui-ci ?

La différence, c’est l’expérience. On est moins dans l’inconnu, même si la production nous met des petites surprises en place. On a un certain confort psychologique parce qu’on sait à quoi s’attendre. On a des repères sur l’île. Plein de choses comme ça qui font qu’on est plus à l’aise. La première aventure, c’est la découverte. La deuxième, pour prouver ses qualités. Et celle-ci, c’est encore autre chose parce que les anciens sont en minorité, donc l’adaptation est différente.

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Cette saison, c’est celle de la maturité ?

Je suis plus décomplexé dans le sens où je n’ai rien à prouver. Je me suis dit ça avant de partir. Je suis plus serein et le fait d’avoir 10 ans de plus, ça joue en ma faveur aussi.

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On a l’impression qu’il y a deux catégories d’aventuriers : ceux qui misent sur les épreuves sportives et les stratèges. Tu te places dans laquelle ?

Je me place dans une troisième catégorie : les sportifs-stratèges. C’est ce qui fait de moi un candidat redoutable, parce que je ne mise pas tout sur l’un ou sur l’autre. C’est un statut qui me va bien, je pense.

C’est quoi le plus dur dans Koh Lanta : la faim, les épreuves, les stratégies ou les autres ?

J’ai toujours dit que le plus dur à Koh Lanta, c’est les autres. Quand tout va bien, tu peux supporter maintes choses. Mais quand ça devient dur, qu’on te demande de te dépasser, de t’investir et qu’il faut gérer les caprices des gens, c’est différent.

Est-ce qu’on se fait des amis dans Koh Lanta ?

Heureusement qu’on se fait des amis sur Koh Lanta. Ce serait assez tragique de ne pas trouver dans la difficulté des gens sur qui s’appuyer. Ce sont de bonnes amitiés, qui perdurent. Et même les personnes avec qui on a eu des accrochages durant l’aventure, au retour à la réalité, ça s’efface. Au final, beaucoup plus d’amis que d’ennemis à Koh Lanta.

Donc, pas d’ennemis ?

Il y a toujours des gens qui estimeront que vous êtes le premier responsable de leur défaite ou de leur élimination. J’ai toujours dit, dans Koh-Lanta, le principal responsable de son élimination c’est nous-même. Donc en vouloir à un autre, c’est se voiler la face.

"À la place d’Ahmad, je serais rentré en confrontation avec elle"

On revient sur cette saison. Il faut qu’on parle de la réunion des ambassadeurs où vous réussissez un coup de maître avec Ahmad. Ça a été vécu comme un grand moment de l’émission, mais sur le coup, comment toi tu l’as vécu ?

Aux ambassadeurs, Ahmad partait avec un grand handicap, sachant que je n’allais pas aller dans son sens. Il n’avait pas beaucoup de champ d’action et son objectif était de se sauver, donc ça réduit les possibilités. S’il avait été plus ouvert et moins égoïste dans l’envie de poursuivre, il aurait pu tenter un tirage et forcer l’élimination d’un des héros. Je pense qu’il est parti défaitiste et ça a joué en sa défaveur, c’est clair. En plus, il était à 3 contre 1. Il n’avait pas d’autre choix que de sauver sa peau. Je pense qu’il a choisi la meilleure option pour lui.

Ton coude sur son épaule, c’était calculé ? 

En ce qui concerne Ahmad, il faut savoir que j’apprécie la personne. On a eu un différend sur l’île au moment de la sortie de Teheiura, on s’est un peu engueulé, après on est allé dans la forêt pour parler et c’était fini. J’aime bien Ahmad parce que c’est un joueur, qui assume et j’aime les personnes authentiques. Quand je mets ma main sur son épaule, c’est parce que j’ai suffisamment d’affinité avec lui pour le faire et je connais son caractère. Donc je sais que ce ne sera pas mal perçu. Ce n’était pas pour le rabaisser, ni pour l’insulter.

Qu’as-tu pensé ensuite en lisant tous les tweets sur cette séquence ?

Franchement, l’imagination des gens est débordante. Beaucoup m’ont fait rire mais j’en ai trouvé certains très durs. Après, ce n’est pas moi qui prenais donc j’avais plus tendance à sourire qu’autre chose. Et ça prouve l’engouement de Koh Lanta auprès des gens.

Tu en as pensé quoi de la tirade de Delphine quand elle a appris qu’elle était éliminée ?

Elle a eu une réaction à la hauteur de sa déception. Je peux comprendre. D’ailleurs, on ne le voit pas à l’écran mais je suis le premier à avoir un mot pour Ahmad, mais derrière il y a Naoil et les autres qui enchaînent tout de suite. Il a pris cette décision parce qu’on lui avait demandé en cas de coup dur de la sortir.

Il y a des mots qui ont été très durs, et je pense qu’il a bien réagi en laissant Delphine faire et en ne rajoutant pas d’huile sur le feu. Moi, à la place d’Ahmad, je serais rentré en confrontation avec elle, parce que j’ai le même caractère qu’elle. Mais lui a eu l’intelligence de ne pas le faire. Le mieux dans ce moment-là, c’est de laisser la personne s’exprimer et se faire tout petit. Et c’est ce qui s’est passé.

Quel candidat t’a le plus impressionné cette dernière saison ?

J’ai été impressionné par un des héros, c’est Teheiura. Parce que je l’ai côtoyé en 2012 et je l’ai trouvé plus affuté et performant sur cette édition. Dans les nouveaux, Sam m’a beaucoup impressionné. À 19 ans, avoir une telle préparation, une telle envie, ça demande beaucoup d’investissement et de rigueur, chose que j’apprécie. Chez les filles, j’aime bien Naoil, qui a un fort caractère, et Jessica. Après, j’ai pas trouvé le casting des nouveaux exceptionnel.

Au final, c’est quoi ton meilleur souvenir dans Koh Lanta ?

Le meilleur souvenir, ce sont mes deux victoires avec mon proche. Ce sont des moments qu’on partage avec quelqu’un qu’on connaît bien, et ça permet de l’immiscer dans notre aventure. C’est compliqué de la raconter aux gens qui ne l’ont pas vécue. C’est tellement complexe, psychologiquement et physiquement difficile, qu’on a du mal à se l’imaginer. Mais quand ma sœur a vu l’état dans lequel j’étais, ça a laissé un lien à vie.

Si on te propose de repartir pour une quatrième aventure, tu y vas ?

J’ai tendance à dire oui à 99 %. Il faudrait que ce soit quelque chose d’exceptionnel, de vraiment différent et avec un challenge qui me donne plus envie. Le marathon, une fois que t’en as fait un, hormis le lieu qui change, c’est toujours la même chose. L’aventure Koh Lanta, tu ne peux la faire nulle part. Quand on te la propose, pour quelqu’un comme moi amoureux des challenges et des défis, c’est compliqué de refuser. Mais il y a toujours ce petit pourcentage qui fait que ça dépend de notre vie de tous les jours, de l’âge que j’aurai aussi.

Et si c’est les héros contre des sportifs de haut niveau ?

Là, c’est du 100 %.

Par Abdallah Soidri, publié le 17/04/2020