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"Je suis plus dans le relationnel que la stratégie" : entretien avec Dorian de Koh-Lanta

Publié le

par Abdallah Soidri

© Laurent Vu/ ALP /TF1

"Au début du jeu, ça ne sert à rien de faire des stratégies."

Grâce à sa bonne humeur et des alliances fortes, Dorian a réussi à se hisser jusqu’en finale de Koh-Lanta. Le Normand, jamais inquiété au conseil, souvent placé sur les épreuves mais rarement gagnant, revient pour Konbini Sports sur ses 39 jours d’aventure, sa "plus belle victoire". En attendant mieux ? Entretien.

Konbini Sports | Bravo, tu es qualifié pour la finale ! Est-ce que c’est l’objectif que tu t’étais fixé en arrivant dans l’aventure ?

Dorian | Je suis plus du genre à procéder par étapes. Quand je suis arrivé sur l’île, mon objectif était bien sûr d’aller loin. D’abord la réunification et ensuite l’orientation. J’avais aussi d’autres objectifs personnels par rapport aux épreuves, et sur ce point je ne suis pas fier de moi.

Tu ne te trouves pas un peu dur avec toi-même sur les épreuves ? Tu as tout de même grandement participé à des victoires en équipe, avec les oranges et les jaunes, et même lors de la réunification...

C’est peut-être mon côté sportif de haut niveau qui fait que je suis exigeant avec moi-même. J’étais toujours placé, mais j’y allais vraiment pour gagner. Ça s’est bien passé en équipe, chez les oranges et les jaunes, j’ai pu m’exprimer sportivement. Mais quand tu réalises ces performances en équipe, les gens attendent des victoires en individuel, moi le premier, notamment sur le parcours du combattant, qui reste ma plus grande déception. Comme je l’ai dit dans le dernier épisode, ma plus belle victoire, c’est d’être resté 39 jours sur l’île. Mais à titre personnel, je reste déçu.

Toi qui as été champion de France de 3 000 mètres steeple, quelles similitudes vois-tu entre Koh-Lanta et une course ?

Tu pars, t’es bien, tu commences à passer les barrières, et plus t’avances plus c’est dur, donc tu serres les dents car tu sens que tu t’approches de la fin. Ton corps est de plus en plus fatigué. Il faut tenir mentalement et garder l’allure. Il faut avoir des ressources insoupçonnées pour faire la différence avec les autres.

"Le seul dilemme que j’ai rencontré, c’était entre Brice et Angélique"

Brice nous disait qu’il s’était rendu compte que Koh-Lanta, c’était 80 % de mental et 20 % de physique. Tu l’as aussi ressenti comme ça ?

Les épreuves ne représentent qu’une petite partie du temps sur Koh-Lanta. Tout se passe sur le camp en majorité, et il n’y a pas besoin d’être fort physiquement, c’est le mental qui aide à tenir. Mais sur les épreuves, pas toutes, le physique reste important. L’épreuve où il faut ramener des palets avec des crochets, celle où je suis à la lutte avec Beka, tu as beau être champion olympique, ça ne t’aidera pas. Il y a des épreuves pour tout le monde, ce qui fait le charme du jeu, mais cette année il n’y a pas eu beaucoup d’épreuves physiques sur lesquelles je pouvais m’exprimer en individuel. Je tenais en me disant qu’il y aurait une autre épreuve le lendemain et que je pourrais la gagner. J’étais pressé d’arriver sur les épreuves pour remporter quelque chose.

Avec ta condition d’athlète, on a l’impression que tu as mieux tenu physiquement par rapport à d’autres candidats, comme Alix ou Brice.

Je ne trouve pas du tout. Avec Brice, on a pris très cher physiquement. C’est vrai que sur les épreuves, le physique d’Alix n’a pas tourné à son avantage. Alors qu’être athlète, avoir une très bonne condition physique et un bon cardio, ça aide. Quand je dois faire l’aller-retour pour récupérer le drapeau contre Brice, je me dis que je ne peux pas perdre cette épreuve. Sur certaines épreuves, le côté athlète est important, mais physiquement, j’étais très impacté. Si on a pu me voir au-dessus sur certaines épreuves, j’étais aussi fatigué que les autres, voire plus. Mais c’est vrai que j’avais une marge qui me permettait de faire la différence.

Sur le camp, notamment dans la tribu unifiée, on a l’impression que tu t’es laissé un peu porter par rapport aux stratégies et aux alliances. C’était une volonté de ta part ?

Je pars du principe qu’au début du jeu, ça ne sert à rien de faire des stratégies, il suffit de nouer des liens forts. Je suis plus dans le relationnel que la stratégie. On me dit que je ne suis pas stratège, mais tu n’arrives pas en finale de Koh-Lanta sans être un brin stratégique, à moins de se faire porter par quelqu’un qui gère tout. J’ai créé des liens forts avec beaucoup d’aventuriers. J’avais beaucoup d’alliés sur le camp parce que je parle facilement avec eux, ce n’est pas surjoué, et ça m’attire un capital sympathie. J’estime avoir bien tiré mon épingle du jeu en arrivant en finale sans avoir été en danger une seule fois au conseil. J’ai eu la chance d'être proche de beaucoup de candidats et de ne pas avoir à choisir entre eux, car j’ai des alliés (Alix, Laurent et Jody) qui se sont fait éliminer sans que je m’en aperçoive. Le seul dilemme que j’ai rencontré, c’était entre Brice et Angélique. Mais j’ai choisi Brice, avec qui je suis depuis le premier jour, à Angélique, qui était dans mon alliance avec les jaunes.

Justement, à propos de cette alliance des ex-jaunes, pourquoi te mettre dedans alors qu’elle comptait Angélique, que tu avais voulu éliminer ?

C’est la sécurité. On est encore huit dans l’aventure, et on me propose une alliance à cinq en me disant qu’on ira tous ensemble en finale. À quel moment je vais refuser alors qu’on me donne la finale sur un plateau d’argent. Quand on me propose cette alliance, je sais qu’il y aura une épreuve éliminatoire. Fabrice finit dernier et est éliminé, Brice gagne l’immunité et je suis super content. Je n’aurais rien pu faire pour le sauver parce que les autres voulaient voter contre lui. Je n’allais pas me mettre avec Brice et Ava, tenter le match nul au conseil, me mettre en porte à faux vis-à-vis des autres et risquer l’élimination au prochain conseil. Je n’allais pas mettre toute mon aventure en péril juste pour un coup de Trafalgar. C’est après, quand Brice a son double vote, que j’ai l’opportunité de prendre mes responsabilités et de faire pencher la balance, parce que derrière c’est la finale.

En parlant de Brice, c’est une des plus belles amitiés qu’on a vues cette saison. Tu t’attendais à vivre ça ?

On se rencontre sur le bateau qui nous emmène sur l’île et on n’a pas le droit de se parler. On ne sait rien, on ne se connaît pas. Je vois ses chaussures et je lui demande la marque. Et là, on nous dit "Dorian, Brice, vous n’avez pas le droit de vous parler." C’est frustrant, parce que je veux vraiment connaître la marque de ses chaussures. Donc je dis : "Tu peux demander à Brice quelle est la marque de ses chaussures, s’il te plaît ?" Et Brice, qui est juste à côté, répond : "Tu peux lui dire que c’est telle marque." On se retrouve sur l’île, et c’est la première épreuve, avec les cordes. Il y a un moment de complicité qui s’est immédiatement créé. On vit notre rêve et on gagne la première épreuve en finissant à deux. Il est au bout de lui-même, il donne tout et j’aime les gars comme ça. Ce sont des liens forts dans une aventure comme celle-là, ça marque jusqu’au bout.

Tu t’attendais à connaître une telle amitié durant l’aventure ?

J’avais dit que j’allais aussi dans Koh-Lanta pour les rencontres. J’adore discuter et partager, je ne suis pas un solitaire. Quand je pars une semaine en club vacances, je me fais toujours plein de contacts. Donc en partant dans une aventure comme Koh-Lanta, c’était évident que j’allais faire des rencontres marquantes. J’ai rencontré des personnes extraordinaires comme Loïc et Brice, que je considère comme mes petits frères.

"J’aurais presque préféré qu’on me dise que je suis trop fort, comme Claude"

J’imagine que passer à la télé a dû changer le regard des gens sur toi, notamment dans ton métier de contrôleur de train. Comment ça se passe aujourd’hui avec les usagers ?

C’est un truc de fou. Encore hier, une fille était sur le quai avec sa mère, et elle n’en revenait pas. Elle n’osait pas venir me parler. Dans le train, ils sont beaucoup à me reconnaître. On échange, on discute, on prend des photos, ils me soutiennent à fond. Mais c’est parfois assez frustrant à cause du masque. Le samedi et le dimanche, il y en a qui regardent l’émission en replay dans le train et c’est bizarre quand je les contrôle et qu’ils ne me reconnaissent pas. Je leur dis : "C’est bien le programme ? En fait, c’est moi le mec" (rires)." On ne va pas se mentir, c’est plaisant quand les gens me disent qu’ils aiment bien ma personnalité. J’aurais presque préféré qu’on me dise que je suis trop fort, comme Claude, mais ce qui ressort c’est le côté attachant et drôle.

Et comme l’a écrit la FFL, tu en as réconcilié certains avec le SNCF...

(Rires) C’est génial. Je vais pas mal sur Twitter, pour voir ce qui se dit sur l’aventure. On m’avait dit que ça pouvait être dur, que les gens avaient la critique facile mais, dans mon cas, comme mon aventure se passe bien, ils ne sont pas méchants. Les tweets sont exceptionnels. Et la Fédé de la Lose, être tweeté par eux, c’est pas classe ? En plus, ils me placent avec la SNCF, et c’est du positif.

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