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"Je m'en fous que les gens me comprennent" : entretien avec Lola de Koh-Lanta

Publié le

par Abdallah Soidri

© Laurent Vu/ ALP /TF1

"Je ne représentais pas que moi, mais aussi ma région."

Avant son élimination aux portes de la finale, Lola aura fait un Koh-Lanta de patronne. Sa domination sur les épreuves, de confort en particulier, et son sens de la stratégie ont fait d’elle une candidate redoutable sur le camp unifié – on se rappelle tous du collier qu’elle a donné à Angélique pour la sauver – et la fière représentante de la tribu du Nord. Un an après, elle revient "sans regrets", ou presque, sur son aventure aux Fidji. Entretien.

Konbini Sports | Du début de l’aventure à l’épreuve d’orientation, on t’a vue évoluer et devenir une candidate redoutable. On peut même dire que tu as fait un Koh-Lanta de patronne. As-tu ressenti cette évolution durant ton aventure ?

Lola | C’est tellement dur Koh-Lanta qu’on ne se rend pas compte de ce qu’on est en train de faire. Ce n’est qu’à partir de la réunification que j'ai senti que je pouvais vraiment aller loin. J’ai eu deux colliers et j’ai remporté pas mal de victoires, c’est pas mal, mais pas de là à dire que j’étais une patronne…

Mais avec le recul, quand tu analyses ton parcours, tu ne te dis pas que tu as été l’une des meilleures candidates cette saison, avec ton profil fort dans les épreuves et dans la stratégie ?

Si je n’ai pas autant la rage de vaincre à l’épreuve d’orientation, c’est parce que j’étais fière de moi et de mon parcours. C’est peut-être ce qui m’a coûté ma place sur les poteaux. J’ai 5 victoires en épreuves, j’ai gagné deux colliers dont un que j’ai donné à ma pote. Je n’avais plus à faire mes preuves. Même regardant l’émission, je me dis que ce que j’ai fait est fou.

Tu as dit durant l’aventure que c’était le rêve de ta mère de participer à Koh-Lanta. Finalement, c’est toi qui l’as fait.

Je regarde Koh-Lanta depuis toute petite avec ma famille. C’est notre rendez-vous du vendredi. Même si c’était le rêve de ma mère, quand je regardais l’émission, je sentais que j’en étais capable. Je suis partie en road-trip en Australie pendant six mois, pendant lesquels j’ai vécu une petite aventure. Après ça, je me suis dit que j’avais ce qu’il fallait pour participer à Koh-Lanta et que j’allais m’inscrire à mon retour en France.

"Ç’a été mon pire moment dans Koh-Lanta"

Comment ta mère a-t-elle réagi en te voyant à la télé ?

Elle est folle (rires). Dès que je passe à l’écran, elle crie : "Attendez, c’est le moment de Lola. Taisez-vous !" Elle est vraiment fière de moi. Avant de partir, elle m’a dit de ne pas avoir de regrets et que peu importe si j’allais loin dans le jeu, je participais à l’aventure et c'était déjà génial. Finalement, je suis restée jusqu’à l’orientation.

Justement, cette épreuve de l’orientation, est-ce que tu peux nous la raconter ?

Ç’a été mon pire moment dans Koh-Lanta. Il faut savoir que c’est la seule fois dans le jeu où je me suis dit "c’est bon Lola, tu peux partir". Je n’étais pas dans l’esprit d’abandonner, mais si je partais, ce n’était pas grave. Je n’avais plus cette rage de vaincre. Même au bout de 39 jours et après avoir gagné des conforts, je n’avais plus aucune ressource. Dès que j’étais debout, j’avais des vertiges. On était tous épuisés. En plus, chercher dans une forêt, c’est très compliqué. Je ne trouve même pas mes propres clés chez moi.

On l’a vu à l’écran, c’était très éprouvant comme épreuve. À un moment Alexandra, Dorian et toi étiez extrêmement pâles.

Quand j’ai regardé l’épreuve à la télé, ça ne paraissait pas aussi dur que ce que j’ai réellement vécu. J’avais l’impression que j’étais assez souriante et que je n’étais pas au bout de ma vie, alors qu’en vrai c’était horrible. Quand Alexandra trouve le dernier poignard, après 5 h 20, je me souviens du soulagement que je ressens. Je me dis que c’est enfin fini. Je n’étais même pas triste de perdre, j’étais heureuse. J’ai ressenti du bonheur à ce moment-là, alors qu’en soi je quitte l’aventure et je ne vais pas sur les poteaux, ce qui est normalement une déception.

Ça s’est vu quand, avec Dorian, vous rejoignez Denis à la fin de l’épreuve. Mais une fois arrivée à la villa et que la pression est redescendue, tu n’as pas ressenti un peu de tristesse ?

Pour être honnête, j’ai ressenti de la tristesse quand cette saison de Koh-Lanta a commencé à être diffusée. Ça a pris un an. Même à mon retour en France, j’avais l’impression que mon destin était de partir à l’orientation. En mangeant, on reprend nos esprits et nos forces et je me dis que j’aurais pu faire plus. Mais en fait, non. Jusqu’à la diffusion, je n’ai pas eu ce sentiment de regret. J’étais tellement contente de moi, d’être arrivée jusque là.

Ton aventure a aussi été marquée par ton amitié avec Angélique et les stratégies qui en ont découlé, ce qui en a agacé certains au bout d’un moment. Tu ne regrettes pas certains comportements et certaines stratégies ?

Je ne regrette rien parce que tous mes choix stratégiques ont été faits avec le cœur. Mais c’est vrai qu’en regardant l’émission et avec du recul, je n’ai pas fait que des bons choix. Sur l’épreuve des sacs par exemple, j’aurais dû prendre Dorian ou Alix, pas Angélique. Mais sur le moment, c’était hors de question que je ne parte pas avec ma pote. Quand je fais l’analyse du jeu, je changerais certains choix, mais en même temps, ça m’a emmenée jusqu’à l’orientation. Je ne peux pas avoir de regrets, car j’ai fait mes choix à l’affect.

Si c’était à refaire, tu laisserais ta place à Alexandra sur l’épreuve du tir à l’arc ?

Comme le dit Denis, on n’est pas dans un monde de Bisounours, donc je ne suis même pas sure qu’il aurait accepté. Si j'avais laissé ma place, Angélique aurait dû prendre Dorian, pas Alexandra. C’est en partie à cause de lui que les garçons se sont rebellés contre nous. En choisissant Brice ou Dorian, il n’y aurait pas eu d’alliance. Si Angélique avait choisi Alexandra, ils se seraient quand même retournés contre elle, c’est certain.

"Quand j’ai entendu Fabrice parler, c’était sûr que j’allais bien m’entendre avec lui"

Qu’est-ce que tu dirais au public qui n’a pas accès à tout le contexte pour expliquer certaines des décisions qui sont prises dans le jeu ?

Koh-Lanta est une aventure tellement compliquée qu’on ne raisonne plus de la même façon. On est tellement affaiblis qu’on est tous à fleur de peau et on a des réactions inhabituelles. Pour ma part, j’ai énormément pleuré durant l’aventure alors que ça ne m’arrive pas souvent. Il faut que les gens aient du recul et essaient de se mettre à notre place. Beaucoup critiquent alors qu'ils sont assis dans leur canapé avec leur pizza, mais on ne peut pas juger des personnes en les voyant une heure sur quatre jours d’aventure. Après, je m’en fous que les gens me comprennent ou pas, j’ai fait mon petit truc.

Tu as commencé ton aventure dans l’équipe du Nord. On a eu l’impression que ça comptait beaucoup pour toi, cette appartenance régionale.

Quand j’ai su que j’étais dans l’équipe du Nord, j’étais super fière parce que j’adore ma région. En plus, ça nous réunit avec d’autres personnes. Quand j’ai entendu Fabrice parler, j'ai su que j’allais bien m’entendre avec lui. Il a le même âge que mes parents, le même délire. Ça m’a aussi mis une petite pression parce que je ne représentais pas que moi, mais aussi ma région. J’avais peur de décevoir les gens.

Et en fait, ça ne t’a pas gênée qu’il y ait des Parisiens dans l’équipe du Nord (Adrien et Angélique) ?

Pour être honnête, ils n’ont rien à faire là. J’adore les Parisiens, mais le Nord et Paris, c’est totalement différent. En même temps, j’ai retrouvé les valeurs du Nord chez Adrien, malgré son côté hyperstratège. Il est très sociable, chaleureux et gentil. En fait, toute la France est comme ça, c’est juste qu’il y a aussi des cons partout.

Pour finir, sur tes 39 jours d’aventure, si tu ne devais garder qu’un seul souvenir, ce serait lequel ?

Chaque jour est un beau souvenir, j’ai des étoiles dans les yeux à chaque fois que j’y repense. Mais mon meilleur souvenir reste ma victoire aux trapèzes. À ce moment-là, je savais qu’il fallait qu’Angélique ou moi gagnions. Et je me souviens qu’elle est la 4e à tomber, et c’est là que j’ai su que j’allais gagner. Je ne peux pas expliquer le sentiment de joie que j’ai ressenti à ce moment-là, mais je savais que j’allais gagner l’épreuve. Ça restera gravé à jamais.

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