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"Je me sens soulagée" : entretien avec la fière Karima de Koh-Lanta, la légende

Publié le

par Abdallah Soidri

© A. Issock/TF1

"Je n’imaginais pas ma deuxième aventure comme ça."

Après son élimination au premier conseil de ce Koh-Lanta, la légende, Karima a fait preuve d’une belle résistance sur l’île des bannis pour espérer retourner dans le jeu au moment de la réunification. Hélas pour la militaire, l’aventure s’est terminée, laissant un goût amer et une incompréhension sur les réelles raisons de son éviction par les femmes de son équipe. Elle revient pour nous sur cet épisode "humiliant", mais sans rancune et toujours avec fierté. Entretien.

Konbini sports | Maintenant que ton élimination définitive est passée à l’écran, comment te sens-tu ?

Karima | Je me sens soulagée. Je pense que, oui, ça a été moralement un peu dur de voir les images. Du coup, ça reste une très, très belle aventure. Il y a eu des hauts et des bas, mais c’est derrière moi.

Sachant ce qu’il s’est passé, est-ce que tu as hésité à regarder l’émission ?

J’ai voulu regarder, même si les réseaux sociaux ont pris énormément d’ampleur. Puis c’est aussi un plaisir de regarder, parce que même si mon aventure n’a pas été très longue, avec quelques péripéties, il y a aussi le plaisir d’avoir partagé des choses extraordinaires avec des aventuriers et avec ma famille, c’est important pour moi aussi.

Qu’est-ce qui t’a motivée à accepter de participer à cette édition All-Stars ?

Ma première aventure s’était très bien passée. Mais avec le travail, il n’y avait jamais de bon timing pour revenir. Et là, on me dit que ce sont les 20 ans et qu’ils vont prendre la crème de la crème. Si j’ai accepté, ce n’était pas pour l’argent ou pour la gloire, mais vraiment pour l’aventure, le plaisir, et me dire que je vais être confrontée et partager cette aventure avec des gens qui ont illuminé Koh-Lanta.

"J’étais dégoûtée"

Après le conseil, tu as hésité à prendre l’autre chemin ?

Franchement, non. Les défis sont faits pour être surmontés. Il était hors de question d’aller à gauche. Je partais du principe que j’avais été éliminée de façon injuste. C’était une façon de prendre ma revanche, et d’atteindre l’objectif de revenir dans l’aventure.

On t’a vue très émue après ton épreuve perdue sur l’île des bannis. À quoi tu pensais à ce moment-là ?

Quand tu as organisé toute ta vie en fonction de cette aventure, tu te dis : "Waouh ! Je vais rentrer. C’était ça mon aventure ?" Je ne savais même pas quoi dire à ma famille et à mon entourage. J’ai prévenu ma famille à mon arrivée, mais le boulot, j’ai mis du temps avant d’appeler. Je ne trouvais pas les mots. J’étais dégoûtée.

Après ton épreuve perdue, tu as dit que tu ne faisais pas Koh-Lanta pour toi-même. Tu l’as fait pour qui ?

Quand tu participes à une aventure télévisée, tu représentes quelque chose. Tu ne le fais pas que pour toi-même, parce que tu as de la famille qui te soutient. Oui, tu le fais pour toi, mais tu représentes certaines choses, dans tout ce que tu dis et ce que tu fais. C’est pour ça que j’étais un peu blasée. Malheureusement, je n’ai pas pu m’exprimer sportivement parlant. Je n’imaginais pas ma deuxième aventure comme ça.

"C’est vrai qu’on peut avoir le sang chaud"

Pour une candidate ultra-préparée comme toi, sortir sur des critères extra-sportifs, ça fait encore plus mal ?

Quand on arrive sur l’édition des 20 ans, c’est mythique, tu n’as pas le droit de dire que tu as peur d’une aventurière. Pour moi, c’est une excuse. Je pars du principe qu’il faut avoir l’honnêteté de dire pour qui tu vas voter et t’y tenir. Tu ne peux pas dire que tu as peur de mon caractère si tu ne me connais pas. Je ne t’ai pas crié dessus, il ne s’est rien passé.

Au moment du conseil, quand les candidates ont dit que tu leur faisais peur, certains internautes y ont vu une sorte de préjugé sur les femmes maghrébines.

En fait, ça va au-delà de ça. C’est aussi en rapport avec mon métier de militaire. C’est tellement facile aujourd’hui de placer : "Tu es militaire, tu as un fort caractère." C’est tellement facile de caricaturer. De l’autre côté, sur le côté maghrébin, c’est vrai qu’on peut avoir le sang chaud, mais en fait, c’est comme tout, il faut creuser.

Et sincèrement, je ne suis pas en plein déni, je sais quand j’ai tort, mais je n’ai pas senti que j’étais agressive. Comment comprendre le fait qu’on te dise qu’on ne votera pas contre toi et, même pas deux heures avant le conseil, j’apprends que ma tête va être coupée… En gros, qu’on m’a trahie. Je me suis sentie condamnée. Après, tu entends que tu fais peur… En fait, lors du conseil, j’étais sous le choc et je voulais montrer aux téléspectateurs la réalité : on est venu me voir pour s’allier à moi et, à la fin, elles ont retourné leur veste. C’est un jeu, certes, mais il faut assumer et ne pas dire que c’est faux. Ce n’est pas possible de participer à un Koh-Lanta comme celui-ci et de sortir des mythos comme ça. Il faut assumer. Des femmes extraordinaires, avec trois ou quatre Koh-Lanta à leur actif, comme Christelle, Coumba et Jade, n’ont pas eu peur de moi. Si elles disent que j’étais tranquille et avenante, c’est qu’il y a eu une magouille.

"C’est vendeur, la stratégie"

Il y a une différence d’état d’esprit entre les "anciennes" candidates et celles plus récentes ?

Je l’ai ressenti. Dès qu’on est arrivées sur l’île, les anciennes étaient plus sur la gestion du feu, la consolidation du toit de l’habitation et la recherche de nourriture. Et il y a d’autres candidates qui ont fait Koh-Lanta récemment, pour qui il fallait directement mettre la stratégie en place. Chacun et chacune fait son aventure, je ne critique pas, mais il y a une grosse différence de mentalité et de génération.

En interview, Freddy nous disait regretter que la stratégie ait pris le pas sur la survie et les épreuves. Tu partages son point de vue ?

C’est vendeur, la stratégie. Il y a des coups bas, ce qui est aussi la réalité des choses. Sur ce Koh-Lanta, il y a eu beaucoup de stratégies. C’était très fort, je n’ai rien vu venir. On ne voit pas l’humain, on ne va pas prendre la peine de savourer cette aventure, de connaître les gens qui ont marqué cette aventure. C’était beaucoup de stratégies, et tourné sur ça. Ça m’attriste parce que Koh-Lanta, c’est aussi de la survie, du challenge et se dépasser en affrontant les meilleurs. C’est ce que j’imaginais. Et pas cibler et couper des têtes dès le départ et sans raison.

Lors du conseil, tu as parlé de ton côté DZ [algérienne, ndlr]. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

C’était une petite boutade quand je l’ai dit, absolument pas pour faire le buzz. Alors, oui, nous sommes français, on a d’ailleurs jamais à le redire, mais on a quand même des origines. Les Algériens, on a cette espèce de fierté qui est dans nos gènes. Elle se transmet de génération en génération. Mais nous sommes aussi des gens généreux par le geste et par le cœur. On peut paraître rentre-dedans mais on a un grand cœur. Quand je suis partie, ma fierté en a pris un coup. Mes gènes font que, généralement, si tu ne veux pas me connaître, ciao.

"Je préfère mourir que de ne pas respecter ma parole"

Il n’y a pas que ton côté DZ qui te définit. Il y a aussi ta carrière dans l’armée qui tient une grande place dans ta vie.

Je suis très fière de ce que je fais. Je suis militaire de carrière, ma vie professionnelle est extraordinaire. Je m’éclate. J’ai évolué tout au long des années. Et puis oui, on nous a appris à être stricts, on nous a appris à être rustiques et carrés. On nous a aussi appris à tendre la main et à écouter les gens, à avoir cette cohésion en équipe, ne jamais lâcher son prochain et avoir une parole. En fait, on peut dire ce qu’on veut de moi. Je n’ai toujours eu qu’une parole. Je n’ai jamais trahi personne. Je préfère mourir que de ne pas respecter ma parole.

Pour finir, tu peux nous dire un mot sur ta famille et tes proches, ceux pour qui tu as fait Koh-Lanta ?

On est hyper-soudés. C’est mon équilibre. J’ai une famille en or, qui m’a toujours soutenue et consolée. Même après ce Koh-Lanta, ils étaient là pour moi. Quand j’ai été éliminée et que j’ai dit ce que j’avais à dire, ma mère et mon père ont pleuré. Ce qu’ils ne font jamais. Ils me disaient : "Ils ne t’ont pas comprise, Karima."

Ma vie a toujours été faite de batailles. Il a toujours fallu que je me batte face à des gens qui se basent sur des préjugés. J’aimerais être dans leur tête et leur dire : "Pourquoi vous m’avez jugée comme ça ?" Je n’ai pas de rancœur, mais être éliminée dès le premier tour, c’est très humiliant.

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