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"J’ai été trahie par Vincent" : entretien avec Shanice, la tête pensante des jaunes

Publié le

par Abdallah Soidri

© Alain ISSOCK / ALP / TF1

"Tu ne fais pas Koh-Lanta pour les sous."

En participant à Koh-Lanta, Shanice avait un rêve : emmener ses camarades jaunes le plus loin possible après la réunification, en évinçant tous les ex-rouges. La jeune candidate, véritable tête pensante de son équipe, compte quelques coups de maître à son actif (l’élimination d’Aurélien), mais son rêve d’unité s’est brisé sur le mur de la double parole donnée par Vincent à Laure et Maxine. Entretien.

Konbini Sports | Comment est née ton envie de participer à Koh-Lanta ?

Shanice | On regardait l’émission en famille et la légende dit que j’ai toujours voulu la faire. En décembre 2019, j’ai perdu mon père, le coup le plus dur de ma vie. J’avais besoin de me prouver que j'étais capable de réaliser des choses seule, sans qu’il soit là pour me pousser. 

Quels étaient tes objectifs dans Koh-Lanta ?

J’ai beau être une grande compétitrice, ce qui passe avant tout, c'est les autres. Je voulais avoir une équipe solide, car mon rêve était de réaliser ce qui n’a jamais été fait dans Koh-Lanta : emmener les jaunes le plus loin possible et qu’il n’y ait plus de rouges. Ce rêve ne s’est pas réalisé mais j’ai travaillé pour et je sais que mon équipe m’a aimée pour ça. J’ai été trahie par Vincent, même si j’ai mes torts dans cette trahison.

Mon deuxième objectif était de gagner. Montrer qu’une femme, la benjamine et noire, pouvait donner l’exemple avec ses valeurs. Avec les 100 000 euros, j’avais envie d’en donner une partie à des associations qui me sont proches et de refaire la stèle de mon père. Mais ce n’est pas grave. De toute façon, tu ne fais pas Koh-Lanta pour les sous.

Un des aspects les plus fascinants dans l’émission, c’est le sentiment d’appartenance à une équipe alors que les candidats ne se connaissent que depuis quelques jours. Tu peux nous en parler ?

Je ne crois pas au hasard. Dans ma famille, on m’a appris à être loyale et à prendre ce que Dieu me donne. Cette équipe m’a été donnée et il fallait que je la protège, ce n’était pas plus réfléchi que ça. Sur le camp, on ne fait que de se parler, donc forcément on a le temps de voir les sensibilités de chacun et d’apprendre à se connaître. Les liens se sont créés très vite et tout s’est fait de manière innée.

Tu étais la tête pensante des jaunes, notamment concernant les stratégies. Tu as toujours eu cette qualité de leadership ou tu l’as découverte durant le tournage ?

Ça n’a pas du tout surpris mes proches, qui m’ont vraiment retrouvée à l’écran. Que ce soit dans mon travail ou pour mon association, j’ai toujours eu un rapport spécial avec les gens et c’est aussi ce que je recherche. Apparemment, je suis une leadeuse parce que j’aime bien regrouper les gens. Tout ça me vient du sport. J’ai fait 17 ans de danse, une discipline où tu évolues dans un crew et en binôme dans les battles. Même quand je jouais au tennis, je préférais les doubles.

Tu parlais d’emmener les jaunes le plus loin possible, mais on a l’impression que les dés étaient pipés à cause du noyau dur dans l’équipe : Myriam, Thomas, Mathieu et toi.

J’ai beaucoup regardé et analysé Koh-Lanta, et je me suis toujours dit que je ne ferai pas l’erreur de dévoiler mes alliances. Mais la vérité, c’est qu’il n’y avait pas d’alliance entre nous quatre. On ne s’est jamais posés en se disant qu’on était un quatuor et qu’on irait au bout ensemble. J’étais aussi proche de Myriam que de Laëtitia, de Thomas que de Vincent. Mais j’ai fait une erreur de débutante durant l’épreuve du tir à l’arc. J’étais tellement émue de nous voir tous les quatre en finale que j’ai lâché : "c’est la finale rêvée". Pour moi, ça signifiait qu’on était quatre jaunes.

On me demandait d’être le cerveau de cette équipe, ce qui m’allait très bien, et d’avoir deux coups d’avance – mais je ne pouvais pas en avoir dix non plus. Je n’ai jamais pensé à moi, mais j’aurais dû à un moment donné. J’aurais dû me dire avec qui je voulais aller loin et le cacher. Et comme je ne l’ai pas fait, j’ai révélé au grand jour un truc qui n’existait même pas dans ma tête. C’est ce qui a précipité ma chute et je n’ai pas du tout rassuré Vincent, avec qui j’étais très proche. Il m’avait demandé une fois si on pouvait aller en finale ensemble. Mais je n’ai qu’une parole : si je lui dis qu’on va en finale ensemble, je vais la tenir, mais c’était impossible à ce stade de l’aventure. Il fallait d’abord enlever tous les rouges, après on aurait vu. Le fait que je ne lui ai pas fait de promesse a joué en ma défaveur.

Sur Instagram, tu es revenue sur ta discussion avec Vincent en disant que tu n’avais pas cherché à lui mettre la pression, tout en reconnaissant comprendre ce qu’il avait pu ressentir. Qu’est-ce qu’il en a été vraiment ?

Je lui dis que le mieux pour nous tous est de voter contre le binôme Laure et Maxine. Quand il m’annonce qu’il ne veut pas, je me demande pourquoi, s’il est proche d’elles et je suis vexée. La parole donnée à Maxine, on était tous d’accord là-dessus en tant que jaunes. Par contre, quand il nous apprend qu’il l’a aussi donnée à Laure, je me dis "mais comment on peut donner autant sa parole", parce qu’il y a forcément des conflits d’intérêts. Là, mon naturel revient au galop et je le prends plusieurs fois à part. Je ne me rends pas compte que tous les jaunes sont d’accord avec moi, que Thomas est très énervé depuis le départ de Mathieu qui nous a mis un coup derrière la tête. J’ai l’impression que je peux parler à Vincent comme je parle à ma famille. Dans mon entourage, personne ne s’est dit que j’étais en train de le menacer, ils ont vu que j’étais en train de le protéger. Je savais que s’il maintenait son désir de ne pas voter comme nous, des gens allaient lui en vouloir et j’allais être obligée pendant quelques jours de le défendre à fond. Je ne voulais pas fragiliser cette alliance jaune. Mais je comprends qu’avec la pression de la part de Thomas, Myriam et des autres, il s’est dit "je fais ce que je veux". On en a parlé après et il m’a avoué qu’il avait peur de moi, parce qu’il voyait que tout le monde me suivait les yeux fermés. Mais il sait très bien qu’à aucun moment si je l’ai menacé c’était pour lui, même s’il a voté contre moi.

Tu n’as pas de regrets par rapport au montage de l’épisode qui n’a pas été à ton avantage ?

J’aurais dû parler de stratégie avec Vincent, mais pas cinq minutes avant le conseil. Si j’avais eu cinq minutes de plus, il n’aurait jamais voté contre moi. Parce qu’il n’a pas vu l’intention, mais aujourd’hui il la connaît, il le sait. Mes intentions étaient tellement bonnes que je ne peux pas regretter de les avoir eues. La seule chose qui m’embête, c’est que Vincent l’ait pris pour une menace. Les autres, ma famille, mes amis, c’est incroyable ce que je reçois comme amour de leur part. C’est ça la vraie vie. Je ne suis pas trop réseaux sociaux, donc je ne vois pas trop ce qui se dit. Certains de mes abonnés me font part de ce qui peut se dire, mais je leur réponds tout le temps que je ne lis pas. Sous certaines de mes publications sur Instagram, il doit y avoir 1 500 à 2 000 commentaires, mais je n’en ai pas lu un seul, ça n’a aucune valeur.

Après ton élimination tu as rendu un vibrant hommage à Mohamed sur ton compte Instagram. C’est un aventurier que tu admirais ?

C’est grâce à son amitié avec Coumba que j’ai eu envie de faire Koh-Lanta. Je me suis trop reconnue en eux. Ce sont des personnes qu’on ne voyait pas beaucoup, des racisés, qui viennent des mêmes endroits que moi et qui ont montré des valeurs que je partage. Ce n’est pas seulement le fait que Mohamed soit très fort et plein de qualités — c’est mon aventurier préféré —, mais parce que son amitié est très belle.

Tu penses que la représentation, même dans une émission comme Koh-Lanta, c’est important ?

La notion de représentation est très importante dans ma vie. Je suis issue d’un quartier populaire, j’ai étudié en ZEP, j’ai une grande famille et j’ai eu la chance d’être extrêmement bien entourée. Que ce soit dans ma maison de quartier, dans mon noyau familial, avec mes amis à l’école ou mes profs, il y a toujours eu des personnes très intelligentes qui m’ont tirée vers le haut, souvent elles me ressemblaient et j’ai eu la chance de le voir. Je sais que ce n’est pas le cas pour tous les jeunes, je le vois dans mon asso. On nous laisse très rarement la place pour parler, dans les médias ou dans les événements grand public, même Koh-Lanta, où il y a très peu de personnes racisées tous les ans. Mais c’est de mieux en mieux, donc c’est cool. C’était important pour moi de faire une belle aventure parce que je représente quelque chose et qu’on peut me prendre en exemple. J’ai déjà des retours incroyables, et rien que pour ça je suis contente d’avoir fait cette aventure.

Tu peux nous parler de ton association ?

Elle s’appelle Noise la ville, mais on est en pause avec le confinement. C’est une association d’éducation aux médias pour les jeunes des quartiers populaires. On a un journal en ligne qui donne la parole aux jeunes et on a un programme qui s’appelle "Le Bruit de ma ville", qui en est à sa 3e édition, après une sur le RER E et une autre sur le RER B. On prend des jeunes qui vivent dans des villes traversées par ces lignes et pendant trois mois on les initie à la photo, à la radio, à la vidéo… pour ensuite les faire parler de leur ville et de ce qui les intéresse. L’idée est de les mettre en contact avec des jeunes qui leur ressemblent, qui ont eu un parcours similaire et ont réussi. C’est vraiment pour leur montrer qu’ils ont un potentiel de fou.

Quelles sont tes relations avec les candidats de cette saison ?

J’ai eu la chance de trouver de vrais amis. Je considère vraiment Mathieu comme un frère. Je vois beaucoup Myriam, Thomas, Flavio, Hervé et Fred de l’équipe rouge, avec qui les liens se sont noués quand on était dans la maison des candidats. Ce sont des gens que j’aime énormément.

Si tu te rappelles bien, pendant l’épreuve du paresseux, Maxine et Laure avaient dit qu’elles étaient les prochaines à sauter parce qu’il y avait une alliance masculine chez les rouges. J’étais devenue folle. Comme je l’ai dit dans l’émission, ça me tenait à cœur que les femmes dans Koh-Lanta soient bien. Mais j’ai appris à connaître Hervé et Frédéric, ils m’ont donné leur point de vue qui était très clair. C’était juste une alliance d’affinité, c’est aucunement des machos et ils le prouvent dans leur vie. Ils s’entendaient moins avec Laure et Maxine qu’avec Arnaud et Jonathan. J’avoue que sur ce point je m’étais laissée berner parce que la représentation des femmes est hyper importante pour moi.

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