Coronavirus : comment les jeunes footballeurs en formation gèrent leur manque de ballon

Comme tous les établissements scolaires, les centres de formation des clubs pro ont fermé leurs portes du jour au lendemain.

"Y a plus de foot..." Pour les jeunes des centres de formation brusquement renvoyés chez eux, le confinement est un crève-coeur, entre efforts pour ne pas trop perdre la forme et inquiétude de voir leurs rêves tomber à l'eau.

Armindo Ferreira, directeur du centre de formation de Châteauroux (Ligue 2), a expliqué à l'AFP : 

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"Ils avaient l'impression qu'ils volaient, ils gagnaient quasiment tous leurs matches, on était en quart de finale de la coupe Gambardella... Maintenant, c'est comme quand une blessure vous arrête 4 ou 5 mois, vous vous demandez si ça va repartir."

Comme tous les établissements scolaires, les centres de formation des clubs professionnels français ont fermé leurs portes du jour au lendemain le 13 mars et ont rapidement placé tout leur personnel au chômage partiel.

Beaucoup de leurs jeunes joueurs, âgés de 15 à 18 ans, se retrouvent bloqués chez leurs parents, à ne voir de ballon que sur console de jeu, loin des structures qui leur permettaient de penser, parler, manger, partager et vivre le foot à longueur de journée.

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C'est le cas de Philippe Boueye, défenseur U17 de l'Olympique lyonnais, retranché dans un appartement du centre de Lyon :

"J'essaie de faire tout ce que l'on peut en musculation sans sortir. J'ai aussi un vélo d'appartement. Mais pas de footing, l'OL nous a demandé de ne pas prendre de risque et de sortir le moins possible."

"Revenir plus forts"

Pierre Jouan, milieu de terrain des moins de 18 ans de Brest, se sait plus chanceux à Rosporden, commune rurale bretonne :

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"J'ai un programme quotidien avec footing, musculation, foot dans le jardin avec des circuits et des conduites de balle. Rien ne vaut l'entraînement collectif et les matches du week-end, mais il faut faire avec et revenir plus fort à la reprise."

Tous restent en contact étroit avec leurs coéquipiers grâce à des groupes WhatsApp. "Au début, j'ai trouvé que cela leur avait fait le plus grand bien de se retrouver en famille. Surtout les 15 premiers jours. Mais c'est sûr que le football leur manque énormément et l'envie de retrouver les partenaires se fait plus pressante", relève Nicolas Mariller, directeur du centre de formation du Stade brestois. "C'est sûr qu'on rigole moins que quand on est ensemble", témoigne Pierre Jouan.

Partout, les éducateurs restent aussi en contact pour aider les jeunes à garder le moral, leur proposer un programme d'entretien physique et surtout s'assurer qu'ils ne relâchent pas leurs efforts scolaires, qui restent une priorité. Sur ce dernier plan, les retours sont plutôt encourageants. Et quant à l'exercice physique, "ils en font tous un peu plus", assure Nicolas Mariller.

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"On essaie de passer le temps, y a plus de foot", explique Simon Le Bras, milieu de terrain U16 du Stade brestois, qui s'astreint à deux heures de sport tous les jours en fin d'après-midi. Sur la suggestion des clubs ou non, beaucoup prennent aussi le temps de regarder leurs vidéos.

Pour Philippe Boueye à Lyon, "tant qu'à être confiné, autant chercher à s'améliorer sur d'autres choses. On prend conscience de nos performances, de nos défauts comme des choses positives. Je regarde aussi les adversaires et les partenaires. Si je suis bien positionné, les bonnes passes ou les percées que j'ai pu faire..."

Parents inquiets

Mais le confinement tombe au pire moment pour ceux qui s'interrogent sur leur avenir : c'est normalement en avril que les clubs annoncent quels joueurs ils retiennent, pour laisser aux autres le temps d'aller faire des essais ailleurs ou d'organiser leur orientation professionnelle.

"Les parents commencent à s'inquiéter de plus en plus", reconnaît Nicolas Mariller. A Brest, les décisions sont quasiment toutes prises, mais elles n'ont pas encore été annoncées, faute de pouvoir recevoir les familles comme à l'accoutumée. Directement concerné, Pierre Jouan assure "prendre la situation au jour le jour, sans trop se projeter sur l'avenir pour le moment".

Pour les joueurs recalés, Jean-François Vulliez, directeur du centre de formation de l'OL, rappelle que les trois quarts des matches de la saison ont bien eu lieu et qu'ils ont tous été filmés. Les vidéos seront disponibles sur une plateforme dédiée aux recruteurs des clubs qu'ils pourraient intéresser.

Reste le recrutement des centres eux-mêmes. En temps normal, les tournois de Pâques ou de Pentecôte permettent aux clubs de voir évoluer pendant quelques jours les joueurs des catégories plus jeunes. "On va devoir trouver d'autres options", rassure Nicolas Mariller.

Par Fanny CARRIER avec les bureaux de l'AFP

Par Konbini Sports, publié le 24/04/2020