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"Choisir le freestyle, c'est la liberté" : on a discuté avec la freestyleuse Lisa Zimouche

Publié le

par Abdallah Soidri

© EA Sports

"Mon rêve ultime est d'arrêter de se prendre des clichés quand on est une femme qui veut faire du sport."

Cela fait déjà quelques années que Lisa Zimouche s’est fait un nom – Lisa Freestyle — dans le monde du foot grâce à ses talents balle aux pieds. Son terrain de prédilection n’est pas le rectangle vert mais plutôt celui de la rue, où elle fait admirer sa technique : tantôt pour passer des petits ponts, tantôt pour gratifier ses 2 millions de followers (sur Instagram) de gestes fous.

Les dribbles de la jeune athlète de 21 ans ont tapé dans l’œil d’EA Sports qui, cette année, a fait de Lisa Zimouche un personnage jouable dans FIFA 21, plus précisément dans le mode Volta. À l’occasion de la sortie prochaine du jeu, on a pu échanger avec la freestyleuse pour évoquer son apparition pixélisée et revenir sur son parcours qui l’a menée du quartier à faire le tour du monde.

Konbini Sports | Comment ça s’est passé pour que tu te retrouves dans FIFA 21 ?

Lisa Zimouche | Sur FIFA 20, EA Sports a sorti le mode Volta, le mode street-football. J’étais ambassadrice pour le jeu mais pas encore dedans. Cette année, ils ont eu l’idée de créer un mode histoire dans Volta, avec une partie qui se passe à Paris, et ils ont pensé à moi pour être dans le jeu. Je l’ai fait avec plaisir. C’était une expérience cool, qui sort de ma zone de confort.

Qu’est-ce qu’on ressent quand on se voit pour la première fois dans le jeu ?

C’est impressionnant. Jamais je n’aurais cru être dans FIFA, le plus grand jeu de foot. C’est incroyable le réalisme.

Tu vas jouer avec ton personnage ?

Je vais y jouer parfois, mais je vais aussi prendre d’autres personnages. Je ne suis pas narcissique à ce point [rires]. Mais je trouve cool le fait qu’on puisse avoir la possibilité de jouer avec mon personnage.

"Je n’ai jamais autant aimé le foot qu’en 2006 avec cette équipe de France"

Sur FIFA, tu es quel genre de joueuse : tu fais beaucoup de dribbles ou tu es plus portée sur le jeu de passes, avec des grosses ou des petites équipes ?

Je suis plutôt du genre à faire des passes, bizarrement. J’ai les dribbles de base appris grâce à des amis gamers, mais à la fin, je fais quand même bien plus de passes.

Dans FIFA 19, je prenais beaucoup l’Atlético de Madrid, car de mémoire elle avait une défense incroyable et l’attaque était sympa, avec Diego Costa et Antoine Griezmann. Dans FIFA 20, c’était le PSG, tout le temps. Il faut que je joue un peu plus à FIFA 21 pour trouver mon équipe phare : le PSG, Manchester City ou peut-être Chelsea.

Parfois, avec des amis, on s’amusait à aller en Premier League et à prendre une équipe au hasard. J’aime bien tomber sur une petite équipe car tu n’as pas forcément la possibilité de faire plein de dribbles. Je trouve ça plus intéressant.

Revenons un peu en arrière. Tu as fait partie du centre de formation du PSG mais tu as finalement choisi le foot freestyle. Pourquoi ce choix ?

J’ai commencé le foot classique à 7 ans. Avant ça, je jouais en bas de chez moi, au city. C’est à l’âge de 10 ans que j’ai commencé le foot freestyle. J’ai fait les deux pendant un long moment, jusqu’à arriver au PSG à l’âge de 14 ans, où faire les deux plus l’école était difficile.

Je sentais que c’était le moment de faire un choix. J’étais plus dans le freestyle que dans le foot, donc j’ai choisi cette voie. Mais le foot a toujours été une partie intégrante de ma personnalité, et ça m’a apporté une discipline que je n’aurais jamais eue si je n’avais pas fait de foot, surtout au PSG.

Quand tu commences le foot freestyle, tu n’as pas forcément de discipline. Je me rappelle qu’avant, je mangeais n’importe comment, je m’entraînais sans m’étirer ou m’échauffer, et le foot m’a apporté cette discipline. Choisir le freestyle, c’est la liberté, mais toujours avec un ballon et l’esprit du foot, voyager, travailler avec des artistes et d’autres sportifs, sur tous les continents.

Qui étaient tes idoles quand tu étais plus jeune ?

Il y en a plusieurs, mais Zizou en premier lieu. Parce que la Coupe du monde 2006 reste un grand moment de ma vie. Je crois que je n’ai jamais autant aimé le foot qu’en 2006 avec cette équipe de France. Il y a eu Ronaldinho, évidemment, Messi, Cristiano Ronaldo. Des femmes aussi. À mon époque, c’était Louisa Necib. Tout le monde parlait d’elle. Au quartier, dès qu’il y avait une rebeu qui jouait au foot, c’était "Ah ! Louisa Necib" ! C’était tout le temps ça. J’espère qu’à l’heure actuelle, il y a plus de modèles en foot féminin qu’à mon époque.

"Un mélange de vie de footballeuse et vie d’artiste"

On dit souvent que la plus belle sensation quand on joue au foot, c’est de marquer un but. Mais du coup pour toi, en tant que freestyleuse, c’est quoi ?

Je fais partie des freestyleurs qui veulent gagner le match. Si on a une avance confortable, j’aime bien ajouter cette touche technique : petits ponts, les dribbles quand il faut, jamais dans l’exagération. Mais en vrai, ça reste le but. Dans le freestyle, il y a le jongle et tu ressens de la fierté quand tu réussis à passer un geste sur lequel tu travailles depuis deux, trois jours.

Tu as encore des rêves ou tu les as déjà tous réalisés ?

Mon rêve ultime est d’arrêter de se prendre des clichés quand on est une femme qui veut faire du sport, que ce soit du foot, du basket ou de l’athlétisme. J’attends le moment où ça cessera et quand tout le monde comprendra qu’on peut faire n’importe quel sport. C’est mon rêve.

Aujourd’hui, grâce à ton activité et tes talents de freestyleuse, tu parcours le monde entier, un peu comme une footballeuse professionnelle. Tu le vois comme un accomplissement ?

Oui, c’est un grand accomplissement. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas forcément d’exemples dans le foot freestyle féminin, et je ne savais pas si j’allais réussir et comment. Il n’y avait pas de règles, il fallait que je m’impose et que je me débouille pour en faire ma vie.

À l’heure actuelle, c’est un mélange de vie de footballeuse et vie d’artiste. Je dirais même que c’est plus une vie d’artiste sportive. On nous appelle pour faire des voyages, parfois on parcourt trois continents en une semaine, mais en même temps, faut rester fit pour être prête à performer. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, mais j’en profite au maximum.

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