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Mathieu Faivre : "Le ski a toujours été le fil conducteur de ma vie"

Publié le

par Lucie Bacon

(© Michael Kappeler/picture alliance via Getty Images)

"Je n'ai pas la prétention de me comparer à Jean-Claude Killy."

En février dernier, en l'espace de douze jours, il est devenu champion du monde de parallèle, champion du monde de slalom géant et il a remporté une épreuve de Coupe du monde. Et même s'il déteste qu'on lui parle de petit nuage, il a dû en redescendre aussi vite que sur des skis pour continuer sur sa lancée. Entretien avec celui que tout le monde considère comme le successeur de Killy, sauf lui.

Konbini Sports ⎪ Tu viens d'être sacré double champion du monde, en parallèle et en slalom géant, puis tu as remporté une épreuve de Coupe du monde. Finalement, tout va très vite dans ta discipline et on n'a pas le temps d'en profiter, on redescend rapidement de son petit nuage ?

Mathieu Faivre ⎪ Oui, mais j'en ai profité de la façon dont je voulais, en passant du temps avec mon équipe, mon entraîneur, les techniciens, puis très vite il a fallu repartir au travail car on enchaînait avec la Coupe du monde. C'est le fonctionnement de notre sport, il faut vite retourner à l'entraînement pour faire les meilleures courses possibles.

Et c'est un mode de fonctionnement qui te convient, tu es toi-même speed dans la vie ?

Je ne dirais pas que je suis speed, mais j'aime bien faire des choses. Quand je rentre chez moi, je me dis "cool, je vais pouvoir me poser", mais au bout de 5 heures, j'ai besoin de m'occuper, de bouger. On s'entraîne énormément l'été, donc ce n'est pas pour rester chez soi l'hiver. C'est la vie que j'aime, que j'ai décidé de mener, je ne peux pas me plaindre.

Comment as-tu su rebondir après des saisons en dents de scie, après une année 2020 très particulière pour tout le monde, pour aller chercher ces victoires ?

Il y a en effet eu pendant quelques saisons des résultats qui n'étaient pas ceux que j'attendais. Mais si on remet les choses en perspective, j'étais top 15 depuis six ou sept saisons, donc même si les résultats n'étaient pas incroyables, ils n'étaient pas médiocres, je n'étais pas 40e mondial. Je n'avais pas d'attentes sur ces championnats du monde.

Cette année, j'ai fait le pire début de saison de ma carrière, j'ai eu des moments de doute, des moments où tu te demandes : "Mais comment tu vas réussir à être performant, à retrouver les podiums, à retrouver cette flamme qui fait que tu peux aller jouer des victoires en coupe du monde ?" Après ces moments de doute, en très peu de temps, beaucoup de choses se sont débloquées, je me suis senti bien sur mes skis.

Je ne sais plus qui disait cela, mais il paraît qu'il faut dix ans pour arriver à être connu. Il faut beaucoup de travail en amont, des passages compliqués, de l'apprentissage, des moments où on est battu et en manque de confiance, mais ces moments-là sont fondateurs pour réussir.

On te compare désormais à Jean-Claude Killy, comment analyses-tu cela ?

Pour moi, ce sont des époques différentes, et c'est toujours compliqué de comparer hier à aujourd'hui. Maintenant, cela fait partie du jeu, on aime bien faire ces comparaisons et je suis extrêmement flatté d'être cité dans la même phrase que Killy. Être son successeur au palmarès du géant est une énorme fierté. Sa vie d'athlète est incroyable. Et ce n'est même pas que je m'en sens loin, mais il a été la tête d'affiche de notre sport au moment où le ski se démocratisait, donc il a eu une aura complètement différente, et je ne pense pas qu'on puisse nous comparer. En tout cas, je n'ai pas la prétention de me comparer à lui.

À qui voulais-tu ressembler, petit ?

Mon idole, c'était Bode Miller, un skieur américain. Arriver à skier comme lui, c'est le Graal absolu. Il n'y avait que lui qui pouvait skier comme ça, donc le challenge était compliqué !

Tu te souviens de ta première fois sur des skis ? Très très jeune, j'imagine, puisque ton père est moniteur…

Je devais avoir 2 ou 3 ans, c'est très tôt ! Je ne me souviens pas de ce moment précis, mais j'ai des souvenirs de quand je partais en course, des copains, de la poudreuse avec les entraîneurs en club…

Les sensations, la base du plaisir, elles sont toujours là, c'est ce pourquoi je me lève, je m'entraîne et j'ai envie d'être performant. Mais le plaisir ne peut plus venir tout seul : c'est un facteur de réussite important à prendre en compte, s'il n'y a pas de performance, je ne ressens pas de plaisir.

Quand as-tu su que le ski c'était pour toi ? Y a-t-il eu un déclic ?

J'ai toujours voulu faire ça, aussi loin que je m'en souvienne. Ma vie tourne autour du ski depuis tout gamin. Le sport, c'est un milieu où l'on ne peut pas se dire que c'est sûr, qu'on va y arriver, mais on va tout faire pour. Ça a toujours été le fil conducteur de ma vie.

Si tu n'avais pas le ski, tu ferais quoi de ta vie ?

Je n'ai pas fait d'études, et s'il y a bien une chose que je sais, c'est que l'école et moi, on n'était pas très bons copains. C'est compliqué de répondre car, encore une fois, ma vie, ça a toujours été le ski. Je n'avais pas forcément d'options. J'ai des diplômes, il fallait avoir quelque chose car je n'avais aucune certitude de réussite. Tant qu'on n’a pas atteint un certain niveau, on ne peut pas en vivre donc j'ai quand même assuré mes arrières. Mais une fois que c'était fait, le cartable est resté à l'école et j'ai continué le ski.

À quoi ressemble ton quotidien ?

Tout dépend de la période. En hiver, il y a beaucoup de déplacements pour s'entraîner sur des skis. L'été, il y a plus de préparation physique. On peut penser que les skieurs sont en vacances dans leur canapé, mais pas du tout, la charge de travail est plus importante l'été en termes de volume d'entraînement : sur des vélos, en musculation, deux fois par jour, six jours par semaine.

Que peut-on te souhaiter désormais ?

Que ça continue, tout simplement ! Et que je continue à prendre autant de plaisir sur des skis !

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